Arkheia, revue d'histoire

1914, Bordeaux capitale

Par Damien Cousin
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Damien Cousin est titulaire d’un DEA en histoire contemporaine.

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En septembre 1914, un mois à peine après le début de la Grande Guerre, la stratégie allemande du plan Schlieffen parai-ssait sur le point de bousculer définiti-vement le plan XVII du haut comman-dement français. Paris se trouvait très sérieusement menacé par l’avance des armées allemandes ; le gouvernement dut se résigner au bout de quelques jours à céder aux instances du géné-ralissime Joffre, c’est-à-dire à aban-donner la capitale au général Gallieni pour se replier sur Bordeaux. Ce transfert des pouvoirs républicains dans le Port de la lune, avatar de 1871, était en passe de devenir un classique tragique, puisqu’il se produisit de nouveau en 1940.

Le gouvernement s’installa sans trop de difficultés ; cependant cette mise à l’abri légitime prit parfois une tournure désagréable pour l’opinion publique. Par suite, on s’étonna de voir ce séjour de sécurité se prolonger inexplicable-ment. Le cortège officiel, président de la République, gouvernement, corps diplomatique et services, prit place dans trois trains, dont les départs, échelonnés de vingt minutes minutes, eurent lieu dans la nuit du 2 au 3 septembre, en gare d’Auteuil- la-Muette. L’Elysée aquitain de Raymond Poincaré fut l’hôtel du préfet, rue Vital-Carles. Le président du Conseil René Viviani s’installa à deux pas, à l’hôtel-de-ville, et logeait chez le député Ballande, place Pey-Berland, où se trouve ce même hôtel de ville. Les ministères essaimèrent dans la ville, Intérieur à la préfecture, Justice au Palais de justice, Finances à la faculté de médecine. Ils n’étaient accompagnés que d’un personnel restreint. Seul le ministère de la Guerre, circonstances obligent, s’était transporté dans l’ex-« Belle endor-mie » au grand complet. Il investit la totalité de la faculté de lettres et de sciences, déborda sur un groupe scolaire attenant, et différents services trouvèrent refuge dans les bâtiments les plus hétéroclites. Le 12 septembre, la victoire de la Marne fut annoncée au monde entier dans le couloir de l’Institut de géographie. Les ambassades avaient logiquement suivi le gouvernement ; certaines furent installées dans des villas de la ville d’été à Arcachon. Quant aux Chambres, elles ne retrouvèrent pas, comme en 1871, le Grand Théâtre. Leur décret de clôture signé la veille du départ, elles durent se contenter de deux music-halls de la rue Judaïque. De vingt-cinq à trente mille Parisiens en vue avaient également suivi l’exécutif dans son exil provisoire. L’éloignement soudain du front, les atours d’une ville qui pouvait soutenir la comparaison avec une grande capitale, la douceur du climat, tout incitait peut-être à une attitude contrastant violemment avec la vie des Français au front. Le Chapon fin, comme en 1871, fut pris d’assaut ; la terrasse du Café de Bordeaux déborda sur la place de la Comédie au point de l’envahir jusqu’aux colonnes du Grand Théâtre ; des files immenses (...)


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