Arkheia, revue d'histoire

1939-1941 : les années de rupture

Par Guillaume Bourgeois
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Arkheia n°22

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L’histoire déconcerte. Elle impose brusquement aux hommes des réévaluations qui les surprennent et parfois les tétanisent. Osons le parallèle avec l’actualité et avec le désastre économique en passe de s’imposer. Le monde se refera sur des bases complètement nouvelles et ce qui valait pour hier ne vaudra plus pour demain.

1940, ce fut un peu cela mais à toute allure. Un moment où tout bascula alors que l’on s’imaginait que tout avait à peu près bien commencé. Le sort des armes, anormalement funeste pour la France, témoignait du changement brutal de modèle. De la Première Guerre mondiale, on avait surtout retenu cette idée que « le feu tuait » et qu’il fallait en premier lieu épargner les hommes… mais la Wehrmacht était une armée conçue pour avancer sous le feu et pour percer à toute force, quelles que soient ses pertes ! On avait sacralisé les populations civiles qui, dans cette guerre, furent tour à tour délibérément bombardées, utilisées comme masse de manoeuvre puis ultimement distinguées et décimées. On croyait au primat de la raison pure et l’on découvrit la toute puissance de la propagande, du viol des foules et l’efficacité d’un discours reposant sur les pulsions et sur les mobiles les plus instinctifs des masses. Tout concordait pour déstabiliser les esprits les plus stables.

De cette déstabilisation, ou plus exactement, de ces déstabilisations successives qui s’imposèrent à travers une séquence d’événements-clefs (le pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre, la campagne de France puis le vote de Vichy, l’invasion de l’URSS et l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique, l’occupation de la zone Sud …) il nous reste aujourd’hui des témoignages qui sont autant de fragments : le tragique dénouement d’une affaire de sabotage dans l’industrie de guerre française et le passage par les armes de jeunes communistes dont l’exécution avait été tue jusqu’à ce jour ; les interrogations d’un dirigeant, par ailleurs honni par l’histoire, qui ne fit pas dans les bons termes le choix d’un communisme patriotique ; et, plus localement, les interrogations et les doutes d’une cité du Sud-Ouest, Montauban, transformée avec la guerre et l’exode en carrefour pour cet univers d’êtres humains ou bien d’objets (fussent-ils des oeuvres d’art), tous en déshérence et en mal de devenir. Certains furent comme ces témoins de plâtre que l’on place sur les lézardes d’un bâtiment, à cheval sur une fissure, condamnés à être déchirés d’un côté ou de l’autre.

Ces situations inédites dépassent la morale puérile et honnête, celle qui fonctionne dans la vie de tous les jours et qui consiste à vouloir le bien de tous, à commencer par celui de son prochain. Elles posent les problèmes en termes de choix, dussent-ils causer du tort aux uns ou aux autres. Elles impliquent de dire tout haut ce qui est dur à (...)


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