Arkheia, revue d'histoire

1939, les premiers camps d’internement français

Par Geneviève Armand-Dreyfus
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur Geneviève Armand-Dreyfus, historienne, directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) et musée d’histoire contemporaine. Elle est l’auteur de L’exil des républicains espagnols en France : de la Guerre civile à la mort de Franco (Albin Michel, 1999).

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Le retour d’Édouard Daladier à la présidence du Conseil, en avril 1938, marque un infléchissement très net dans la politique française relative aux étrangers. Reflet de la montée de la xénophobie qui touche la France des années 1930, effet des arrivées répétées de réfugiés, surtout espagnols, et résultante d’un certain consensus de la classe politique, une série de mesures législatives et réglementaires sont prises afin de contrôler et surveiller les étrangers.

Le nouveau gouvernement se constitue le 10 avril et, le 2 mai, il promulgue un décret sur “ la police des étrangers “, présenté comme une nécessité pour “le souci de la sécurité nationale, de l’économie générale du pays et de la protection de l’ordre public”. La distinction est martelée entre l’étranger de bonne foi et celui qui se montre “indigne de vivre sur notre sol “. Le gouvernement indique que “ la France ne veut plus chez elle d’étrangers “clandestins”, d’hôtes irréguliers “. Si un étranger, frappé par un arrêté d’expulsion, ne parvient pas à obtenir le visa qui lui permettrait de quitter la France, le ministre de l’Intérieur “ pourra assigner à l’intéressé une résidence déterminée qui rendra sa surveillance possible “. Le 12 novembre suivant, estimant que l’assignation à résidence représente une “ liberté encore trop grande “, un autre décret stipule que les étrangers “ indésirables “ qui “ sont dans l’impossibilité de trouver un pays qui les accepte “ seront dirigés vers des “ centres spéciaux “ où ils feront l’objet d’une surveillance permanente. Le gouvernement peut constater que “ le contrôle et la surveillance [des étrangers] sont maintenant assurés, sur le territoire, dans des conditions jusqu’ici jamais réunies “. Tandis que le premier “ centre spécial de rassemblement “ sera créé le 21 janvier 1939 à Rieucros, en Lozère, l’arrivée massive des républicains espagnols sera la première application à grande échelle de ces décrets et en particulier du plus récent d’entre eux, celui de novembre 1938, qui prévoit l’internement administratif des étrangers considérés comme “indésirables “. C’est, en effet, dans une France qui a commencé un repli xénophobe que les réfugiés espagnols ont la malchance d’arriver. A partir d’avril 1938, cette terre d’asile se referme progressivement : le Front populaire se meurt et s’ouvre une période où, sous la pression d’une partie importante de l’opinion, les mesures relatives aux étrangers se font plus restrictives. Les arrivées successives de réfugiés espagnols au cours des diverses phases de la guerre d’Espagne et la menace, longtemps annoncée, d’un exode encore plus massif n’y sont certainement pas étrangères. Née notamment de la crise économique qui atteint durement la France comme d’autres pays, la xénophobie s’amplifie depuis (...)


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