Arkheia, revue d'histoire

1942-44 : Les évadés de France par l’Espagne

Par Bernard Piquemal
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Article publié dans
Arkheia n°5-6

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L’un des plus grands convois qui ont franchi la frontière franco-espagnole est sans conteste celui des cinquante quatre évadés du 20 juin 1943, au port de Belhay, à 1.800 mètres d’altitude, en pays basque au sud de Sainte Engrace. Je garde avec émotion, dans ma mémoire le souvenir de notre passeur Michel Olazabal et de son beau-père Pierre qui organisèrent, avec quelques complicités, la formation de ce convoi et en assurèrent la progression jusqu’à la frontière pendant trois longues étapes nocturnes. Sauf pendant la dernière étape au cours de laquelle tous deux, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière, guidèrent le convoi, ils vaquaient à des tâches complémentaires. L’un allait vérifier les points chauds sur notre parcours, l’autre nous faisait progresser vers les cimes et la frontière.

Histoire d’un passage

Comment avons nous pu accrocher ce wagon en formation ? Nous étions sept tarn-et-garonnais au rendez-vous frontalier du Port de Belhay. Il y avait René Léris de Saint-Antonin, vieil ami de lycée, que nous retrouvâmes par hasard à Pau où il eut des démêlés avec la police qui ne voulait rien comprendre à sa présence touristique dans cette plaque tournante des évasions qu’était alors le chef lieu des Basses-Pyrénées, devenues depuis Pyrénées-Atlantiques. Il y avait Pierre Joanny et René Gouze, de Bourret, qui avaient conjugué leurs efforts et leurs ressources, que je ne connaissais pas et que je découvris dès la première étape. Il y avait Paul Laval et son frère Guy de Montbartier, Jean-Pierre Delort et moi-même de Verdun-sur-Garonne. Nous étions tous décidés à partager les épreuves et les succès. Paul Laval notre aîné, né en 1920, assuma les contacts, procura un passeur, organisa le succès de notre entreprise avec calme, sérénité et beaucoup de dynamisme. Brillant élève du lycée Ingres de Montauban, il venait d’entamer sa carrière dans les PTT qu’il déserta pour cette priorité du combat antinazi. Son frère Guy de deux ans son cadet déserta lui un chantier de jeunesse en Dordogne avec son ami Louis Pouzergues de Saint-Antonin. Réfractaires au STO, ils n’avaient pas voulu aller contribuer à l’effort de guerre des nazis dans quelque usine d’armement outre Rhin. Louis Pouzergues choisit de rester près de sa fiancée et vécut de long mois en contact avec le maquis d’Ornano qui s’approvisionnait à Cazals, chez Périès, à la maison du pont. Ensuite Louis intégra le maquis de Monclar. Delort né en 1923 et moi-même, son cadet de six mois, membres du réseau Alphonse Buckmaster et du corps franc Gérard de Verdun-sur-Garonne, lassés des balbutiements d’une résistance mal organisée et trop platonique à notre goût, lassés d’espérer des parachutages d’armes qui ne venaient jamais, comprîmes que nous n’avions pas les capacités pour organiser une stratégie de combat valable. Nous décidâmes donc de (...)


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