La Dépêche | Publié le 11/11/1998
La guerre achevée le 11 novembre 1918 a commencé par un horrible massacre de soldats français sur les frontières. Au nombre des morts, 2500 hommes de Tarn-et-Garonne, fauchés en cinq heures de bataille, le 22 août 1914 !
On était en août. Les soldats français habillés de tuniques bleues et de pantalons rouges grimpaient en longues colonnes vers le front. La France était en guerre depuis trois semaines, une guerre grosse de quarante ans, de longues années de revanche ressassée. Le siècle était neuf, mais l’armée s’en allait au combat avec une vieille idée : attaquer, attaquer... La stratégie la plus simple qui soit.
Faisant fi du feu mortel des mitrailleuses entrées dans l’âge adulte, et de l’artillerie à répétition, les canons pouvant tirer jusqu’à douze coups à la minute. Parmi les millions de soldats français, de très nombreux méridionaux vont faire les frais de cette impréparation de l’Etat-major à la guerre moderne. En particulier, au sein du 17e corps d’armée, le 11e régiment d’infanterie de ligne et le 20e, deux unités d’extraction tarn-etgaronnaise, constituées à Montauban.
Partis de la gare de Villenouvelle le 5 août, ils vont franchir la frontière belge le 21 août, pour prêter main forte aux troupes belges que les allemands décimaient. Ces deux régiments vont donc compléter le 17e corps d’armée du général Poline, avec le 18e régiment d’artillerie. Le 22 août, sera le jour de leur massacre. En cinq heures, les deux unités du Tarn-etGaronne vont compter 2500-morts !
Sur cette journée tragique, des témoignages existent. Ils sont sans appel ! Le lieutenant André Mittelhauser, du 11e RI note dans son carnet de route célèbre, nommé Bertrix, (du nom de la ville où les combats meurtriers vont se dérouler) : « Objectif : Ochamps (commune voisine). Mission : offensive sur toute la ligne, attaquer l’ennemi partout où il se trouvera ! » Les Français débouchent sur le champ de bataille sous la direction de l’incroyable insouciance de leurs chefs. Depuis la veille, les soldats ennemis sont embusqués aux endroits stratégiques, notamment dans la forêt de Luchy et dans les alentours d’Ochamps. Les civils belges ont pourtant mis en garde les officiers français qu’ils croisent sur leur chemin, mais rien n’y fait, pas même l’avertissement d’un capitaine de cuirassiers, revenant de reconnaissance et qui fait remonter l’information au plus haut. Les ordres ne sont pas changés ! A 15 heures, le 20e RI s’engage dans la forêt de Luchy. Dans son sillage, suit péniblement la longue colonne du 18e régiment d’artillerie qui traîne ses 75, et son attirail de caissons. Un peu comme à la parade. Le 11e RI ferme la marche, placé en soutien à l’arrière.
On imagine le cadre : de belles frondaisons, la (...)
Avec la participation de Patrick Cabanel, Antonio Ferrer Benimelli, Hilari Raguer, Joseph Pérez, Gérard Malgat et Elvire Diaz...Commander le dès aujourd’hui