Les malentendus et conflits entre la Grande-Bretagne et la France ne remontent pas à l’année 1940. Un vieux fond anglophobe est ancré dans l’opinion française et il ne demande qu’à resurgir à la première occasion. On peut admettre cependant à la décharge de la France que les forces anglaises ont frappé un grand coup avec l’affaire de Mers el-Kébir.
Les relations entre les deux nations, qui se sont dégradées après Dunkerque, prennent une nouvelle tournure quand Pétain, président du Conseil, propose l’armistice à l’Allemagne. Les accords interalliés prévoyaient, en effet, qu’aucune paix séparée n’était possible sans l’accord de l’une ou l’autre partie. L’armistice est signé le 22 juin. Or, depuis le 16 juin, un télégramme britannique exige que l’armistice ne puisse être conclu qu’« à la seule condition que la flotte française soit immédiatement dirigée sur les ports britanniques en attendant l’ouverture de négociations ». Cet impératif anglais à l’encontre de son allié, est, dans les circonstances de l’armistice, omis.
Pire encore, les autorités d’outre-Manche ne sont pas informées des clauses de l’armistice, et ce n’est qu’une fois celui-ci signé que Ronald Campbell, l’ambassadeur de la Grande-Bretagne en France, prend connaissance de l’article 8 de la convention d’armistice. Ce point oblige la France à désarmer sa flotte et à lui faire regagner ses ports d’attache, ce qui inquiète particulièrement W. Churchill. En effet, les deux tiers des ports d’attache de la marine française sont en zone d’occupation et donc à la merci d’un coup de force de la Wehrmacht. Dans l’état actuel de ses forces, l’Angleterre ne peut prendre le risque de ne pas demeurer la première puissance navale du monde. Le Premier ministre de Sa Majesté estime qu’il ne peut accorder sa confiance ni à la parole donnée par Hitler ni à celle de François Darlan, l’amiral en chef de la flotte française.
Il décide de prendre les devants en neutralisant les forces navales françaises pacifiquement, sinon par la force. L’opération « Catapult » est décidée le 27 juin. Les navires français sur rade en Angleterre sont neutralisés sans conflit ainsi qu’à Alexandrie. Point noir de cette entreprise, les navires mouillés dans le port de Mers el-Kébir, à 6 kilomètres à l’ouest d’Oran (Algérie). L’amiral français Marcel Gensoul reçoit, le 3 juillet, un ultimatum de l’amiral James (...)
Manuel Azaña et la France sous la direc. de Jean-Pierre Amalric. Autour des meilleurs spécialistes et témoins, tout sur le rapport de l’ancien chef d’Etat avec la patrie de Molière