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Antoni Tapies, le peintre n’est plus

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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Gilbert Beaubatie, historien et président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze.

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Le peintre et sculpteur Antoni Tapies est décédé le 6 février à Barcelone, sa ville natale, à l’âge de 88 ans. Il était l’artiste espagnol le plus important de la seconde moitié du XXè siècle, "le dernier" aux dires du journal El Mundo.

Antoni Tapies a été un artiste autodidacte que la menace nucléaire et le régime franquiste ont durablement et profondément taraudé. A partir de ses 17 ans, de graves problèmes de santé (crise cardiaque et affection pulmonaire) lui ont donné une formidable force intérieure, "une sorte d’hypersensibilité, de clairvoyance (lui) permettant de voir l’intériorité des choses". Contraint à l’isolement, il a trouvé dans la lecture, le dessin et la peinture, de puissantes sources d’inspiration, en particulier dans l’hindouisme, le bouddhisme zen et le surréalisme. Des membres de sa famille ont été persécutés, et longtemps il gardera le souvenir de sa mère en train de pleurer de faim, "vraiment de faim". Les "coupables" sont vite désignés : Franco et une nébuleuse, "le national-catholicisme". Tapies, le Catalan, est conduit à haïr l’ensemble du système.

Radicalement libre dans sa créativité, il va s’ingénier à incorporer dans ses fonds divers ingrédients : terre, sable, cendres, poudres de marbre, poussières, voire matériaux de récupération. Une telle association d’éléments aussi différents vise à amplifier le "message" de l’artiste, soucieux de montrer la fragilité du monde et l’inéluctabilité du néant. Dans un entretien publié il y a dix ans par la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, éditions Mille Sources, Antonin Tapies a confié que "nous sommes unis à chaque détail, chaque chose, chaque arbre, chaque animal, chaque montagne de la nature. L’homme est une sorte de développement naturel de cet ordre primitif". Beaucoup de ses prétentions sont, dit-il, erronées, et par conséquent il convient d’être beaucoup "plus modeste et de respecter la nature". En utilisant des matières plus ou moins épaisses, il est en mesure de faire "des lignes dramatiques, surprenantes, et plus choquantes" et de révéler que dans un corps humain il y a à la fois de l’amour et de la haine. Aussi, on trouve dans son oeuvre, des corps humains, mutilés ou attachés à des cordes, expression de sa détestation d’une violence omniprésente.

Oui, dit Tapies, l’homme doit rester fidèle à ses impulsions profondes, à la fois faire confiance à l’instinct et lutter de toutes ses forces, afin de se retrouver dans toute sa pureté.

Mais s’il est question de désir dans son oeuvre pléthorique (plus de 8000), "c’est du désir fondamental, du désir de vie"(1).

NOTES
- 1 Lorsqu’elle nous a appris la disparition de son compatriote, notre amie Carmen Fisse a tout de suite fait référence à cette phrase clé et précisé que "le décès de notre peintre universel Antoni Tapies est une grande perte, et c’est (...)


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