Arkheia, revue d'histoire

Architecture et maladie mentale dans le quartier psy de Montauban

Par Claude Collu
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Claude Collu est titulaire d’un DEA d’histoire hospitalière. Auteur de La tour Lhautier, Montauban, CDDP, 2000

(...) seront scellés en cas de besoin.

Soin ou enfermement ?

Un chemin de ronde entoure l’ensem-ble de tous les bâtiments, il est lui-même ceinturé par un mur haut de 2,50 mètres,11 Gardelle le demande « à cause des évasions qui auraient forcément lieu ». [1] L’évasion préoccupe toujours l’architecte. Ce mur faut-il croire est le seul à procurer une certaine tranquillité, il traduit bien qu’il est garant de la sécurité. Il est mitoyen avec le cimetière, la vue du premier étage de certains bâtiments donne sur celui-ci. Ce mur d’enceinte ne s’ouvre que sur un grand portail en bois de chêne, verrouillé par une impressionnante serrure. Gardelle fait remarquer que les cours et préaux sont insuffisants. [2] Un inconvénient très grave lui apparaît : « les ouvertures du premier étage plongent directement sur le chemin qui conduit au cimetière protestant, et mettent les malades en rapport direct avec les passants ». Veut-on supprimer tout contact visuel avec le monde extérieur ? Les travaux tardent à s’achever et le 6 mai 1861, [3] l’architecte s’inquiète de la lenteur de l’exécution des travaux confiés à l’entrepreneur : « il est impossible de tolérer plus longtemps pareil état de choses à l’approche des chaleurs, et dans un espace si exigu les malades ne peuvent rester plus longtemps… ».

L’architecte prend une grande place dans la configuration des bâtiments, la disposition des locaux. Il tient compte de la spécificité de la maladie mentale pour construire ces lieux de vie. Gardons en mémoire tout de même le contexte de l’époque, la thérapeutique est à peu près inefficace, la chimiothérapie inexistante. L’objectif majeur se limite à organiser le soin autour de la surveillance. La confi-guration des bâtiments n’est pas sans rappeler l’architecture pénitentiaire. Tout y est prévu pour juguler une agitation - cour d’isolement, cellules - prévenir l’évasion - grilles, mur d’enceinte-. On cloisonne, on sépare afin d’isoler l’agité du tranquille, donner une chance au semi-agité. L’asile ou le quartier psychiatrique se construit le plus souvent dans un espace de rejet, loin du cœur de la cité, tout comme certaines structures : prisons, cimetières, abattoirs, industries polluantes. Cet éloignement contribue de ce fait à retarder l’intégration du malade, voire à la rendre impossible. Les dortoirs contiennent en général moins de quarante lits, on abandonne à cette époque la funeste coutume de faire dormir plusieurs malades dans le même lit. Le système pavillonnaire rend la vie plus agréable aux malades qui disposent de cours, de jardins, de promenoirs. Ce système présente deux inconvénients majeurs. D’une part, la construction est onéreuse et les frais d’exploitation beaucoup plus lourds. D’autre part, la surveillance des malades est rendue difficile à cause même de la disposition. Les constructions de ce type sont d’ailleurs abandonnées peu avant la Seconde Guerre (...)



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