Historien de renommée internationale, traduit dans une quinzaine de langues, Philippe Ariès a laissé une oeuvre majeure avec l’Enfant et la Vie familiale sous l’Ancien Régime (Plon, 1960) et son grand ouvrage de la maturité, L’Homme devant la mort (Seuil, 1977). Grâce à ce chef d’oeuvre, il vit enfin s’ouvrir les portes du temple de la Nouvelle histoire, l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) où il fut élu à un poste de directeur d’études, en 1978, à 64 ans. Cette consécration tardive s’explique en partie par les origines familiales maurrassiennes de l’homme et par un itinéraire politique et intellectuel marqué par l’empreinte de l’Action française. La marginalité scientifique de Philippe Ariès se doublait d’une marginalité professionnelle puisque il n’exerça pas le métier d’universitaire mais de responsable d’un centre documentaire consacré aux pays en développement jusqu’en 1978. Ainsi fut-il longtemps un « historien du dimanche » pour reprendre le titre malicieux de ses entretiens avec Michel Winock (1980). Jusqu’au début des années soixante-dix, date à laquelle Le Seuil entreprit de rééditer son premier grand livre, Histoire des populations françaises (1948), Philippe Ariès fit donc une carrière discrète bien que reconnue par l’Institut de France (qui lui décerna plusieurs prix) et par l’Institut national des études démographiques où il comptait quelques admirateurs comme Alfred Sauvy ou Louis Chevalier. La nostalgie de la monarchie avait-elle fait de l’ombre à une oeuvre dont l’originalité tient précisément aux déterminations sociales de son milieu d’origine et à la spécificité de son engagement maurrassien ? Esprit subtil, Philippe Ariès tenta de mettre à profit cette matrice dans le cadre d’une observation sociale rétrospective d’une grande modernité. De là la fidélité, tout au long de sa vie, à cette culture politique, fidélité qui, comme l’a bien écrit le philosophe Michel Foucault, fut « une fidélité inventive » (Le Nouvel Observateur, 17 février 1984).
À mesure qu’il s’éloigna d’une Action française devenue trop doctrinale à ses yeux, à partir de 1945, Philippe Ariès n’eut de cesse de revendiquer un roya-lisme « vivant et populaire », teinté d’anarchisme, influencé par sa « mytho-logie familiale », pour reprendre ses propos, qui « dérive d’une (...)
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