Arkheia, revue d'histoire

Au royaume de Philippe Ariès

Par Guillaume Gros
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Guillaume Gros est professeur d’histoire et de géographie à Toulouse, auteur d’une thèse sur Philippe Ariès et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) conception méridionale ancienne, dont provient aussi la doctrine de Maurras sur les libertés concrètes, opposées à la liberté abstraite des révolutionnaires ». À Michel Winock qui ne comprend pas qu’un admirateur de la pensée de Foucault comme Ariès puisse avoir encore un lien avec Maurras, l’historien répond aussitôt qu’à côté du Maurraspolitique, il subsiste chez le célèbre polémiste, dans toute une partie de son oeuvre, une vision de la société d’Ancien Régime « surtout méridionale », qui reste selon lui d’actualité : « Maurras aurait reconnu des ancêtres pas très lointains chez les paysans du Languedoc au XVIIIe siècle, dans leur conception de l’honnêteté, de leurs libertés ». En critiquant le Maurras politique, Philippe Ariès retrouvait leMaurras des origines, quelque peu idéa-lisé, celui d’un félibre adepte du régiona-lisme, de la décentralisation et des cultures populaires. En 1979, dans un article intitulé « Le régionalisme, perspective historique » pourCritère, une revue québécoise, Philippe Ariès, en historien des mentalités, s’interroge sur la meilleure façon de parler du pouvoir régional. Pour ce faire, il choisit comme objet d’étude « un exemple très concret d’un fait culturel spontané de la France méridionale du milieu du XIVe siècle ». Évacuant une ana-lyse qu’il qualifie de politique du fait régional, il préfère l’approche culturelle pour cerner « le patriotisme régional, le sentiment d’enracinement, l’attachement à un petit pays et à toutes ses coutumes et modes de vie ». Cette approche du pouvoir régional est l’héritage d’un cheminement intellectuel et d’une sensibi-lité royaliste qui puisent leur source dans les origines familiales.

Un royalisme populaire, charnellement méridional.

Bien que né à Blois et ayant vécu l’essentiel de sa vie à Paris ou à Maisons-Laffitte, aux environs de la capi-tale, Philippe Ariès fut très influencé par la branche méridionale de sa famille qui avait des racines antillaises. À la fin du XVIIIe siècle, une partie des siens avait quitté un petit village près de Saint-Bertrand-de-Comminges, pour s’installer à La Martinique. De ses origines antillaises transmises par sa mère qui habita à La Martinique jusqu’à l’âge de treize ans et par quelques domestiques qui vécurent au foyer familial, Philippe Ariès garda une passion pour la sociabilité antillaise. Dans sa quête d’un âge d’or, les Antilles « que la rupture de 1789 n’avait pas guère atteintes », comme il le confesse, avaient l’avantage d’incarner l’image d’une société où le « passé constituait encore un milieu dense et complexe ». Dans le légendaire familial des Ariès, la mémoire pieusement entretenue de La Martinique complète celle du passé royaliste. C’est cette douceur de vivre et ce rapport spontané et naïf au passé que trouva le jeune Philippe dans sa famille biologique et plus (...)



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