Arkheia, revue d'histoire

Azaña dans l’imaginaire de la droite

Par Santos Julia
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Santos Juliá Díaz : professeur au département d’histoire sociale et de la pensée politique de la UNED (Universidad nacional de éducación a distancia), Madrid.

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Pendant ses années d’exil, Ángel Ossorio y Gallardo ne se souvient d’aucun cas semblable de fureur et de bestialité en Espagne comme celui que les droites, qui ont dominé pendant le « Bienio negro » (1934-1935), manifestèrent à l’encontre de la personnalité de Manuel Azaña. On dit de lui – écrit Ossorio – que c’était un assassin, un voleur et un escroc ; on lui attribua les excès les plus dégradants, on ne respecta rien. Une part importante de cette agressivité revenait aux dames distinguées et catholiques de la bonne société : « Leur barbarie criminelle était telle qu’on ne pouvait même pas dialoguer avec elles. Il fallait se boucher les oreilles 1. » Ossorio renvoyait dans ce passage à des moments particulièrement difficiles de la vie de Manuel Azaña : sa détention et son emprisonnement à la suite de la révolution d’octobre 1934 à Barcelone. Mais la fureur et la bestialité des droites contre Azaña étaient plus anciennes et perdureront au-delà de sa mort. Comment se construisit cette image ? Quels sont les éléments qui la constituèrent et quels furent les buts recherchés ?, tel est le sujet de cet article.

Pendant la République

Quand la République fut proclamée, Manuel Azaña n’était pas un inconnu. Il avait été directeur des revues España et La Pluma dans lesquelles ses articles sur les questions politiques et littéraires lui avaient apporté une certaine notoriété et des relations très diverses. Pendant près de dix ans il avait dirigé de fait l’Ateneo de Madrid en tant que secrétaire, institution particulièrement active dans les années de la Grande Guerre, pendant lesquelles Azaña se fit connaître pour sa défense acharnée de la cause des Alliés. Ses conférences contre la germanophilie puis, plus tard, la publication de El jardín de los frailes, ses essais sur Valera et Cervantès ou sur « 1898 » et les trois générations de l’Ateneo, et sa claire position contre la dictature de Primo de Rivera l’avaient placé au centre de la vie intellectuelle madrilène et de l’action politique de l’opposition à la dictature. Il avait été élu finalement président de l’Ateneo de Madrid quelques mois auparavant, un poste auquel, entre autres, l’avaient précédé Gregorio Marañón, le comte de Romanones, Rafael María de Labra ou Segismundo Moret, intellectuels et politiques célèbres de la Restauration. Azaña faisait enfin partie du comité révolutionnaire qui fut par la suite à l’origine du gouvernement provisoire de la République. Toutefois, la surprise que produisit sa fulgurante ascension depuis le ministère de la Guerre à la présidence du gouvernement quelques mois après la proclamation de la République l’éleva à la catégorie de véritable révélation, comme si personne auparavant ne l’avait fréquenté ou connu. Il manifesta tout d’abord un sang-froid et une fermeté impressionnants dès le mois d’avril 1931 en (...)


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