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Azaña dans la mémoire collective des socialistes espagnols en exil (1944-1975)

Par Bruno Vargas
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Bruno Vargas : maître de conférences au Centre universitaire Jean-François Champollion d’Albi et membre de l’unité de recherches CNRS - FRAMESPA (France méridionale et Espagne) de l’université Toulouse-II.

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Mon propos portera sur la mémoire des socialistes en exil, qui intégrèrent la discipline du PSOE réorganisé à Toulouse lors du congrès de septembre 1944. Ce parti, reconnu par le COMISCO en 1948, sera en 1951 à Francfort membre fondateur de la nouvelle Internationale socialiste. Il est nécessaire de bien comprendre que chez les socialistes espagnols en exil, la mémoire de la II e République ne se confondait pas exactement avec celle de Manuel Azaña. Nous expliquerons pourquoi plus avant dans notre développement, mais un retour rapide sur l’histoire de la IIe République suffirait à donner une première réponse. En effet, Manuel Azaña ne fut pas le seul président de la République espagnole. Dans la mémoire socialiste de l’exil, qui est comme toutes les mémoires, sélective, la présidence de Niceto Alcalá Zamora (1931 - 1936) correspondait à celle des réformes progressistes des deux premières années : les ministres socialistes purent mener à bien alors quelques réformes, notamment dans les domaines de l’éducation et du travail. Ils oublièrent un peu vite que le président du Conseil, lors de cette expérience réformiste, n’était autre que Manuel Azaña. C’est que, dans l’ imaginaire socialiste, Alcalá Zamora, même s’il n’avait pas empêché la constitution d’un gouvernement composé de trois ministres de la très droitière et antirépublicaine Confédération espagnole des droites autonomes (C E D A) au début octobre 1934, avait tout de même décrété la dissolution du Parlement en décembre 1935, évitant de la sorte l’arrivée au pouvoir de son chef Gil Robles. Quelques mois plus tard, la tenue des élections vit la victoire de la gauche regroupée au sein des listes du Front populaire. Ces deux préalables étant posés, il faut souligner que Manuel Azaña, dès 1947, se transforme pour les socialistes, en même temps en un personnage historique et en l’homme politique d’un évènement circonscrit, celui de la Seconde République. Face aux nouvelles données politiques, son discours, son engagement est devenu en quelque sorte caduc ou déphasé. Il fait partie dorénavant du Panthéon des hommes politiques qui ont fait l’histoire de la République, mais, petit à petit, il s’efface de la mémoire collective des socialistes espagnols en exil. Cela ne signifie pas que la république disparaît, bien au contraire, mais après l’échec des négociations avec les monarchistes (1947 - 1950) et le repli du PSOE sur ses structures militantes, un repli opéré aussi dans les autres formations politiques et syndicales de l’exil, les militants se revendiquent avant tout comme socialistes, communistes, cénetistes et républicains. Ce dernier vocable désigne les quelques dizaines de militants d’Izquierda Republicana et d’Unión Republicana.

La personnalité / la figure d’Azaña, son rôle sous la II e République, peu à peu vont s ’ estomper. Dans le cadre de (...)


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