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Bernanos et la guerre d’Espagne de Joseph Massot Muntaner

Par Denis Andro
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Article publié dans
Critiques de livres

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Joseph Massot Muntaner, Bernanos et la guerre d’Espagne, Salvator, Paris 2001 (traduit du catalan par Mathilde Bensoussan, préface de Dominique de Courcelles)

Attiré non par sa luminosité à la Miro mais par le faible coût de la vie dans ce « pays de petits maraîchers, un pays d’olives, d’amandes et d’oranges, sans industrie, sans usines », Bernanos s’installe en octobre 1934 à Majorque avec sa femme et ses six enfants ; il réside sur la côte nord puis à Palma où il écrit notamment, dans des cafés, le Journal d’un curé de campagne. Après le coup d’Etat de Franco le 19 juillet 1936, ce catholique fervent et tourmenté exprime clairement ses sympathies pour le Movimiento antirépublicain et sa croisade pour l’ordre et la foi ; il fera ensuite - de longs mois plus tard - une spectaculaire volte-face : après son départ, en mars 1937, il publie son pamphlet Les Grands cimetières sous la lune (1938), coup de tonnerre pour la droite française et européenne.

Adaptation d’un chapitre de son captivant Tres escriptors davant la guerra civil. Georges Bernanos, Joan Estelrich, Llorenç Villalonga (1), le texte ici traduit de l’historien catalan - et moine bénédictin - Josep Massot éclaire l’évolution très singulière de Bernanos durant ces années. L’écrivain, rappelons-le, est fortement marqué par le monarchisme maurrassien - il fut même camelot du roi dans sa jeunesse -, c’est un admirateur (au moins littéraire) de Drumont. C’est pourtant le même homme qui dénoncera dans un style évocateur et provocateur, ramassé et flamboyant, comment, après le coup d’Etat, une « épuration préventive, systématique extermination des suspects » s’abat sur les travailleurs des villages enlevés dans des camions et dont on retrouve au matin, « par milliers », les corps dans les fossés, ou sur des hommes comme le maire de Palma, médecin, « fusillé, un matin du dernier printemps, lié sur une chaise, passant d’un lit d’hôpital au lieu de son sacrifice », parce qu’il était inscrit au parti radical ; c’est ce catholique réactionnaire qui prendra pour cible l’église locale et son évêque Miralles : « Il n’a rien pu ignorer de ces meurtres. Je le lui dirai en face, où et quand l’on voudra », pour le « patronage moral » de cette répression des Mal-Pensants. C’est ce caractère éminemment paradoxal (car Bernanos ne se rallie aucunement pour autant au camp républicain) qui étonne et interroge. Il est à lui seul une contradiction (politique et morale) de la droite d’avant-guerre.

La trame personnelle de l’auteur de Monsieur Ouine sur fond de guerre civile, la genèse des Grands cimetières..., sont décrites par Massot minutieusement, appuyées sur maintes sources (écrits, témoignages locaux). Quand il s’installe aux Baléares, l’écrivain a un renom (il a déjà écrit Sous le soleil de Satan (1926) ou La Grande Peur des bien-pensants (1931), obtenu le prix Femina en 1929). Il ne sera pourtant (...)


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