Arkheia, revue d'histoire

Bernanos et la guerre d’Espagne de Joseph Massot Muntaner

Par Denis Andro
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Article publié dans
Critiques de livres
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(...) pas véritablement intégré dans la bonne société mallorquine : le mode de vie bohème de la tribu Bernanos (ses fils sont exclus des établissements religieux, sa fille pratique le naturisme), son désintérêt pour une île qui attire déjà le tourisme (« les beaux sites m’embêtent »), ses soucis d’argent qui l’amènent à « taper » la vieille noblesse, sa méconnaissance du mallorquin l’isolent ; mais il est invité à table, se lie avec l’épouse française du chef local de la Phalange, le marquis de Zayas, et avec des phalangistes que rejoint à seize ans son fils aîné Yves, qui participe selon Massot aux « Dragons de la Mort » du fasciste Bonacorsi dépêché par l’Italie ; le consul de ce pays, qui engage son aviation aux Baléares, propose même à Bernanos de gagner Rome quand le comité des milices antifascistes de Barcelone essaye de reprendre Majorque en août 1936. Il est donc très proche d’acteurs essentiels de cette sombre page d’histoire, où son fils est impliqué - sans doute l’un des aspects les plus troublants dans la vie (et pour la conscience) de Bernanos. Selon Massot, plusieurs autres éléments (dont le risque d’influence italienne en Méditerranée via le conflit espagnol) auraient aussi cristallisé son revirement.

Le témoignage de Bernanos ne fut ni le premier, ni le plus lucide, sur la répression à Majorque : le cénétiste Manuel Pérez, après avoir pu s’enfuir, publie à Valence en janvier 1937 Cuatro meses de barbarie. Mallorca bajo el terror fascista ; un écrivain antifasciste allemand (plusieurs d’entre eux s’étaient exilés aux Baléares), Albert Vigoles Thelen, apporte alors aussi son témoignage. Mais le pamphlet de Bernanos sera cinglant dans le monde des lettres de droite. A l’époque où Claudel lance son manifeste d’appui à l’Espagne franquiste (début 1938), il fait figure de traître ; l’Action Française le traite de « pauvre fou », Je suis Partout « d’ennemi de tout ce que nous aimons. »

Au carrefour entre histoires littéraire et politique, dans le microcosme d’une île espagnole sous la guerre civile, cet ouvrage (qui s’inscrit dans l’important retour historique et citoyen, de l’autre côté des Pyrénées, sur le passé franquiste), documenté et sans complaisance pour un écrivain renommé, ouvre sur plusieurs dimensions en laissant en définitive - et même si l’on pourra discuter le rôle peut-être un peu minoré de l’Eglise - le lecteur libre dans ses réflexions.

(1) Publicacions de l’Abadia de Montserrat, Barcelone 1998. Massot a publié d’autres livres sur cette période, dont Aspectes de la guerra civil a les illes balears (2002)

 

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