Arkheia, revue d'histoire

Cahors : les 15 fusillés du 20 août 1944

Par Cécile Vaissié
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Article publié dans
Arkheia 23-24
Auteur : Cécile Vaissié est professeure des universités (Rennes-II). Dernier ouvrage publié : Les Ingénieurs des âmes en chef. Littérature et politique en URSS (1944-1986), Paris, Belin, « Littérature et politique », 2008.

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Le 17 août 1944, les derniers Allemands quittent Cahors. Aussitôt, les FFI y entrent, prennent les commandes de la ville et du département, proclamant l’état de siège. Le 18 août, la liesse populaire éclate sur le boulevard Gambetta ; elle s’accompagne d’arrestations de « collaborateurs », avérés ou proclamés. La prison locale, le « Château du Roy », se remplit et, le 20 août, quinze de ces prisonniers sont fusillés, vers 20 heures au cimetière de Cahors.

En janvier 1945, le commandant Marcel Faurant, commissaire du gouvernement à la Justice militaire, évoque ainsi l’exécution du 20 août 1944 dans laquelle il a joué un rôle décisif : « Deux jours après la libération de Cahors, la Résistance a désinfecté la ville ; quinze traîtres, sur qui pesaient les accusations les plus lourdes et les plus monstrueuses, expiaient leurs crimes dans le cimetière. » Le mot « traîtres », lancé par Faurant, reviendra souvent par la suite, mais les accusations qui « pesaient » ont-elles été démontrées 1944et prouvées ? Le 20 août, y a-t-il eu justice, règlement de comptes, mise en place de la terreur ou bien, plutôt, catharsis collective ?

La libération de Cahors

Le 18 août 1944, les Cadurciens constatent que tous les Allemands ont quitté la ville, et – y compris ceux qui n’ont jamais été résistants –, ils envahissent le boulevard Gambetta en criant « Vive de Gaulle ». Un témoin de l’événement raconte que, dans la ville, « une joie intense » régnait et que « les gens s’embrassaient », mais il souligne avoir aussi « vu, immédiatement, le “ mauvais côté ” des choses » : « On interpellait ceux qui étaient associés à la collaboration. Toute cette violence a explosé. Tout le monde marchait bras dessus, bras dessous, et des hommes commençaient l’épuration sans tenir compte des réalités. » Alors que ce témoin parle de « règlements de comptes » et de « vengeances personnelles », Roger Mendès, résistant FTP, n’affiche pas le moindre doute dans ses Mémoires : « Nous entrons dans Cahors. C’est la chasse à la vermine, “ miliciens et autres collaborateurs ”. Ils avaient bonne mine. Car, après leur avoir servi de mouchards et livré ceux qui croyaient toujours à la victoire et qui se battaient pour la liberté, ces tristes personnages vont avoir des comptes à rendre et n’auront plus leurs “ amis ” qui les ont abandonnés. »

Un « état nominatif des détenus politiques écroués » à la maison d’arrêt de Cahors montre que, le 18 août, soixante-neuf hommes – dont les quinze qui seront fusillés le 20 – et trente femmes sont incarcérés. Des femmes auraient été tondues, mais il n’existe, semble-t-il, pas de preuves formelles et datées, alors qu’il y en a pour les cas de juin 1945.

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  • Cahors : les 15 fusillés du 20 août 1944
    12 juin 2011 11:17, par Jean-Louis, Florent SCHROETTER

    Article remarquable. Confirme avec exactitude le drame de l’épuration sauvage commis par des hommes sans foi ni loi qui ont violé l’article 96 du code de la Justice Militaire sans aucune compassion pour les veuves et orphelins des 15 fusillés du 20 août 1944 à Cahors. Mon père, Florent SCHROETTER (alsacien), en faisait partie. Ma mère s’est retrouvée seule avec 2 petits enfants dans un dénument total sans aucune reconnaissance alors que mon père était totalement innocent. C’est un crime, un assassinat !

    A ce sujet j’ai écrit 2 livres : 1) Pour l’honneur de mon père... 2) Impossible...Jamais ! - Papa, aujourd’hui je t’ai rendu ton honneur !. Disponibles au prix de 25 € le livre frais de port inclus ou de 45 € les 2.

    Je suis joignable au 06-80-90-00-78 et par mail : jean-louis-florent.schroetter@orange.fr

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