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Castelsarrasin : « Ce sont les lycéens qui ont lancé 68 »

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Historien et journaliste à La Dépêche du Midi, il est directeur-fondateur de la revue Arkheia et auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

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Mai 1968, à Castelsarrasin... La question pourrait, en effet, paraître saugrenue. Et pourtant... Si la sous-préfecture n’a pas connu, il est vrai, les barricades du quartier Latin ni ses affrontements violents à coups de pavés d’un côté et de matraques et de lacrymogènes de l’autre, la ville de Lamothe-Cadillac, avec son millier d’ouvriers métallos de Cégédur ou ceux de la Targa, à Moissac, ont bloqué, comme partout dans l’Hexagone, les portes de leurs usines. Pour preuve, le journal télévisé de l’ORTF leur consacre, le 22 mai, un reportage muet de 52 secondes (à voir librement sur le site de l’Ina : http://mai68.ina.fr).

Les lycéens lancent le mouvement

Néanmoins, comme le rappelle avec force le chercheur castelsarrasinois Bernard Ouardes, « ce ne sont pas les ouvriers de l’usine Cégédur qui ont été le fer de lance des manifestations de ce mai 68 castelsarrasinois, et c’est encore moins la CGT, le syndicat le plus puissant au sein de l’usine, qui en a été l’instigateur ».

Comme dans la capitale francilienne, ce sont les étudiants, et plus les lycéens ici, soutenus par des enseignants, des surveillants, qui ont lancé le mouvement localement. Un noyau dur qui était constitué « de militants du PSU » pour la plupart, confie Bernard Ouardes, qui était encarté, à cette époque, au parti rocardien alors qu’il était surveillant d’internat au lycée pour garçons de Castelsarrasin (se reporter à son témoignage). « Il faut dire aussi qu’à cette époque, les pions étaient tous des étudiants qui suivaient leurs études dans les facs toulousaines. De facto, ils ont été les vecteurs du mouvement dans le département. » Un point que confirme précisément la mobilisation des lycéens montalbanais sur laquelle nous reviendrons dans une édition prochaine.

Les paysans aussi ont revendiqué

De son côté, l’instituteur syndicaliste Jean-Paul Damaggio, qui vient de publier un petit opus comparatif sur les manifestations de mai 68 du département et sur celui du Gers, s’inscrit en faux sur les nombreux lieux communs que l’on véhicule sur la période. « On nous rassasie depuis des mois des mêmes images et histoires sur les rixes du quartier Latin comme si mai 68 n’avait pas eu lieu en province. » Un reader digest historique qui fait un complet hiatus des importantes mobilisations paysannes de ce mois de mai. « Si, dans le Tarn-et-Garonne, il y a eu, si je puis dire, seulement des manifestations organisées par la Fdsea, dans le Gers, on compte plusieurs dizaines de barrages qui ont complètement paralysé certains axes du département », atteste Jean-Paul Damaggio.

Des mouvements qui ne sont toutefois pas passés inaperçus localement. « La Dépêche du Midi », en effet, consacre une pleine page à la manifestation qui a rassemblé plusieurs centaines de paysans sur la place du Château de Castelsarrasin, le 24 mai. « Le mouvement est parti de la section lait dans (...)


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