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Castelsarrasin : « Ce sont les lycéens qui ont lancé 68 »

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Historien et journaliste à La Dépêche du Midi, il est directeur-fondateur de la revue Arkheia et auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007).

(...) laquelle le charismatique Paul Ardouin, qui est alors secrétaire général de la Fdsea, était très actif. » Et si le leader paysan tarn-et-garonnnais, dans une tribune intitulée « Pour préparer l’agriculture de demain, soyons présents » publiée dans « La Dépêche du Midi », tente d’impliquer avec lucidité le monde rural aux mouvements qui agitent le pays, les revendications paysannes n’en demeurent pas moins essentiellement corporatistes et bien éloignées des slogans qui réunissent la jeunesse de 68. Comme si une partie de ce monde rural n’avait véritablement jamais encaissé les avancées sociales obtenues par le monde ouvrier durant le fameux été « 36 ». « En mai 1968, les paysans tarn-et-garonnais sont déjà focalisés contre les mesures qui sont en train de se jouer à Bruxelles », atteste J.-P. Damaggio. C’est aussi des slogans « contre le prix du lait de misère », harangue Paul Ardouin qui réclame un tarif à « 0,37 F », tout en réclamant « la baisse des charges qui sont écrasantes ». Dans le même temps, 200 ouvriers du bâtiment de Castelsarrasin et Moissac qui sont embauchés au chantier font entendre aussi leur voix face au moulin. C’est ainsi la majorité des entreprises de l’arrondissement qui entrent les unes après les autres en grève, à l’instar de la centaine d’ouvriers de l’entreprise Rojas, à Montaigu-de-Quercy, qui cesse la fabrication des persiennes.

témoignages

« Ce fut un changement radical »

Roger Couderc, ancien métallo et syndicaliste de la CGT à Cégédur, 78 ans. « Si c’est vrai que mai 1968 n’a pas été la grève la plus dure pour notre usine Cégédur puisqu’elle a duré à peine onze jours contre plus d’un mois pour celle de 1961, il y a eu, après ce mouvement, un changement radical. Nous avons obtenu une véritable reconnaissance des organisations syndicales et, à cette fin, un local à l’intérieur de l’usine. Ce qui était impensable avant 68 ! C’est aussi après cela que nous avons obtenu, quelque temps plus tard, la mensualisation de nos salaires. N’oublions pas qu’avant, on nous donnait, tous les quinze jours, une enveloppe contenant la paye en liquide. Et même si on a dû refaire grève en 1970 pour faire appliquer des mesures obtenues en 1968, cela a changé les rapports très fliqués des ouvriers avec certains contremaîtres. »

« Un air de colonie de vacances »

Bernard Ouardes, 65 ans, ancien surveillant au lycée mixte de Castelsarrasin. « Le mouvement, qui est parti ici des lycéens, a été initié et fomenté après la venue de Daniel Ocio qui était l’un des leaders étudiants de Montauban. Rapidement, avec un groupe de pions, de profs et les pensionnaires, nous avons déclenché la grève et occupé l’établissement. C’était un peu comme si on était en colonie de vacances. On était installé, dans la journée, dans la cour du lycée, et entre les AG et la préparation des affiches des manifs, on jouait au volley, (...)



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