Arkheia, revue d'histoire

Claude Campanini : itinéraire d’un déporté moissagais I

Par Claude Campanini
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Article publié dans
Arkheia n°1
Auteur : Claude Campanini, ancien résistant et déporté, a écrit ce témoignage le 27 Juillet 1998 à Moissac où il réside depuis de longues années.

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Né le 16 mars 1925 à Parme (Italie), je suis ce qu’il est convenu d’appeler, malgré ma naissance en Italie, un émigré de la deuxième génération. Je n’ai aucune souvenance de mon pays d’origine, puisque arrivé en France avec mes parents à l’âge de quelques mois. Mes parents, dans leur enfance, leur adolescence, leur vie d’adulte et jusqu’en 1925 à leur arrivée en France ont toujours vécu la vie de servage des ouvriers agricoles italiens de l’époque. Mon père, à son retour de la guerre de 1914-1918, n’a jamais admis que son pays pour lequel il a été blessé deux fois et risqué sa vie, en récompense n’ait eu que le chômage à lui offrir. Jusqu’à son mariage mon père n’avait pas le souvenir d’avoir dormi ailleurs que dans l’étable et la paille.

Emigré avec sa famille pour des raisons vitales, mais aussi pour fuir le fascisme mussolinien, il portait un culte tout particulier à son pays d’adoption, la France, qui lui avait permis de nourrir et d’élever sa famille dans la dignité du travail, où il appréciait très fort la liberté et la démocratie. Ce à quoi il était très sensible, bien que dans les débuts les choses, tant sur le plan matériel que relationnel, fussent très dures. Nous étions des macaronis, qui selon l’expression de l’époque, mangions le pain des Français.

Notre famille fut naturalisée française par décret du 20 juillet 1937. Personnellement j’ai énormément souffert de ce statut d’étranger. Le patriotisme était un sentiment très développé, très ancré dans l’opinion de l’époque. J’enviais mes camarades français d’avoir une Patrie, moi le transplanté ! Pour aussi loin que je me souvienne, à l’école et dans nos jeux, mes camarades ne m’ont jamais appelé de mon prénom ; pour eux j’étais le “ bicot “ et mon frère le “ canaque “, par référence aux peuples colonisés que l’on considérait comme inférieurs. J’étais angoissé lorsqu’il fallait que je décline mon identité qui évidemment trahissait mon origine. A seize ans, je changeais de prénom, je me faisais appeler Claude qui faisait plus français que Viscardo mon prénom de baptême. J’empruntais le prénom d’un frère que mes parents perdirent avant ma naissance. J’anticipe un peu, mais plus tard lorsque, sur ma tenue de bagnard je porterai le triangle rouge avec le F des résistants français, j’en serai fier. J’étais conscient de porter et d’avoir gagné mes titres de “ noblesse “ de français. C’est certainement une des raisons qui m’ont aidé à surmonter la terrible épreuve des camps de la mort.

J’ai été élevé, tant sur le plan familial que scolaire ou de voisinage, dans le culte de la République et de la démocratie. La capitulation de la France en 1940 a porté un terrible coup au moral familial. Mon père qui avait, comme je l’ai déjà dit, vécu le fascisme, n’a jamais fait confiance à l’Etat (...)


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