Arkheia, revue d'histoire

Claude Campanini : itinéraire d’un déporté moissagais I

Par Claude Campanini
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°1
Auteur : Claude Campanini, ancien résistant et déporté, a écrit ce témoignage le 27 Juillet 1998 à Moissac où il réside depuis de longues années.

(...) couverture. Pour qu’elle ne nous soit pas arrachée pendant la nuit nous avions recours à un savant arrimage avec du fil de fer. Il est arrivé que certains camarades soient déshabillés pendant leur sommeil. Je sais que cela parait invraisemblable c’est pourtant la vérité. Il faut maintenant que j’aborde un sujet tout particulier aux Français des camps de concentration. Les Français étaient en butte à de leurs camarades d’Europe internés avec eux. Allemands réfugiés en France et livrés à Hitler par Pétain, Polonais, Tchèques, Slovaques, etc, mis à part Belges et Luxembourgeois ; nous avions l’Europe entière sur le dos. Nous traînions un boulet terrible qui a causé la mort de milliers d’entre nous. Ce boulet, c’est Munich ! Pour tous ces peuples, les Français étaient des dégénérés mentaux et physiques. Pour eux la France était un vaste lupanar, un lieu de plaisir. Même le plus rustre des paysans d’Ukraine connaissait les folies bergères, le Moulin Rouge, le Casino de Paris, etc., par ouï-dire s’entend. A les entendre nous passions notre temps à faire la fête ; et de plus nous les avions livrés à Hitler ! aux accords de Munich. Nous étions des traîtres. Nous avions renié notre signature. Ils nous rendaient responsables des décisions du gouvernement Daladier. On dit qu’en république le peuple est souverain. C’est en effet une très belle formule, mais hélas totalement fausse. Par contre une vérité : c’est toujours le peuple qui paie les exactions de ses dirigeants ou les erreurs. Les Français étaient toujours choisis pour les kommandos les plus durs. A la haine des SS, nous avons dû faire face à la brutalité et le rejet des internés de l’Est. Il a fallu des mois et des mois pour racheter, par notre comportement et nos explications, la vraie image de la France, et faire oublier la trahison de ses dirigeants politiques, lesquels avaient non seulement trahis leurs alliés, mais aussi le peuple Français. Pendant que ces était un futur génie. Hélas, il ne revint pas. J’avais aussi un camarade montalbanais, garagiste au Faubourg Toulousain, dont je n’ai pu retrouver trace à mon retour, avec qui nous parlions le patois. C’était pour pouvoir nous exprimer librement, et envers les Français c’était un jeu. Nous repérions un groupe et nous parlions. Immanquablement, il s’adressait à nous. Nous faisions mine de ne pas comprendre. Nous portions pourtant la lette “F” ! Quel genre de “ plouc “ pouvions-nous bien être ? Nous nous amusions des appréciations de nos camarades. Après le 20 juillet 1944, après l’attentat manqué contre Hitler les nazis qui faillirent être destitués, nous firent comprendre qu’ils étaient toujours les maîtres, par un redoublement de violence. Les kapos pour plaire à leurs maîtres suivirent, et tout alla au pire encore une fois. Dans la galerie du B12 que nous creusions, nous avions dans notre équipe un camarade carrier (...)


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Référence à commander sur ce site
99 questions... La France sous l’Occupation de Max Lagarrigue. L’indipensable ouvrage pour tout comprendre sur le sujet
Les camps d'internement français
La population de Tarn-et-Garonne (...) Le dernier recensement, en mars 1999, nous apprend que la population du Tarn-et-Garonne continue sa progression avec près de 205.800 habitants. Certes, elle n’approche pas le maximum historique des (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 16 € pour une année complète d’Arkheia