Arkheia, revue d'histoire

Claude Campanini : itinéraire d’un déporté moissagais I

Par Claude Campanini
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Article publié dans
Arkheia n°1
Auteur : Claude Campanini, ancien résistant et déporté, a écrit ce témoignage le 27 Juillet 1998 à Moissac où il réside depuis de longues années.

(...) concentration qu’à l’issue de cette période particulièrement éprouvante. La déportation des juifs et des tziganes s’opère différemment. Les juifs sont regroupés au camp de Drancy, au nord-est de Paris et déportés à partir de ce même camp vers les camps d’extermination que sont Auschwitz, Treblinka, Sobibor, etc. A partir d’août 1944, alors que les nazis sont harcelés sur tous les fronts, que leur industrie de guerre manque de main d’œuvre, ils vident les prisons françaises et allemandes de tous leurs occupants et organisent des convois pour les camps de concentration à partir d’autres lieux que Compiègne. C’est à cette époque que nous avons vu arriver dans les camps, mélangés aux résistants arrêtés, toute sorte de condamnés : droit commun, trafiquant de marché noir, voleur, malfaiteur de toute sorte, bandit et assassin.

La déportation départ vers l’inconnu ?

Le matin du 15 janvier 1944 il n’y eut pas de “rompez les rangs” après l’appel, mais un nouvel un appel nominal de 1.500 noms dont celui de mon père, de mon frère et le mien. Les appelés furent parqués dans une baraque isolée par des barbelés. Puis fouille. Enfin distribution d’un morceau de pain et un saucisson de qualité plus que douteuse. Cette nourriture était intentionnellement très salée. Le lendemain c’était le départ vers l’inconnu. Nous savions que l’on nous transférait en Allemagne. Le parcours du camp à la gare de Compiègne se fit à pieds. Les détenus étaient menottés deux par deux. J’étais attaché à mon père. Une chaîne centrale reliait tous les détenus d’un bout à l’autre de la colonne. Nous traversons la ville de Compiègne, où malgré l’heure avancée de la matinée, tous les volets sont clos. Certains sont entrebâillés : on nous fait des signes discrets d’amitié, de soutient. Nous arrivons en gare. On nous embarque sans ménagement, à cent vingt par wagons de marchandise, toutes portes et fenêtres closes. Commence alors un transport, selon l’expression nazie, dantesque, démoniaque, aliénant. Outre le manque de place, le manque d’oxygène se fait vite sentir. Impossible de s’asseoir à plus forte raison de se coucher. Celui, qui pour se délasser lève un pied, ne trouve plus de place pour le reposer. Avec la fatigue vinrent les querelles, les disputes, les violences. Certains s’écroulaient et étaient piétinés. Une équipe qui travaillait d’arrache pied avec un couteau, soustrait à la fouille, en vue d’une évasion, déclenche une grosse discussion. Une rafale tirée à bout portant mis tout le monde d’accord. Dans certains wagons où le travail était plus avancé tous les occupants furent mis nus et descendus sur le quai d’une gare ; ce qui déclenche l’hilarité et les quolibets des voyageurs. Nous étions en Allemagne. Le temps qui passait rendait la situation de plus en plus tragique. Certains étaient tombés et piétinés à (...)



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