Arkheia, revue d'histoire

Claude Campanini : itinéraire d’un déporté moissagais I

Par Claude Campanini
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Article publié dans
Arkheia n°1
Auteur : Claude Campanini, ancien résistant et déporté, a écrit ce témoignage le 27 Juillet 1998 à Moissac où il réside depuis de longues années.

(...) formalités de notre arrivée ont duré toute la nuit. Outre celles que je viens de décrire, on nous fait subir un interrogatoire. Il faut décliner notre identité, notre religion, notre métier, le motif de notre arrestation. A cette dernière question nous sommes très nombreux à dire que nous l’ignorons. On nous signifie que désormais nous n’avons plus d’identité, nous sommes un matricule à l’appel duquel il faudra répondre. Je suis maintenant le 40943. Il faudra y répondre alors qu’il sera appelé en allemand ce qui, comme à mes camarades, avant de le comprendre, vaudra de nombreuses distributions de coups. Au petit matin, alors que nous sommes exténués par la fatigue, la faim et le manque de sommeil, on nous dirige en colonne vers ce qui était le petit camp ou camp de quarantaine.

Buchenwald

En arrivant au petit camp, je suis, avec mon père, affecté au block baraque 62, alors que mon frère est à la baraque 63. Nous sommes logés dans des box où l’on ne peut tenir que couché, où l’on ne se déplace qu’en rampant. Dès que tout le monde a trouvé une place, le chef de bloc réclame le silence à grands coups de gueule, mais sans coup. Il s’adresse à nous en nous disant qu’il est lui-même interné depuis onze ans, que nous sommes dans un camp qui se nomme Buchenwald, qu’il est chargé de la discipline dans la baraque, qu’il n’hésitera pas à sévir envers les contrevenants, que nous sommes en danger de mort permanente et que la seule façon de nous soustraire au règlement du camp c’est de partir en fumée par la cheminée du crématorium. En effet, du petit camp où nous sommes, nous voyons sur notre gauche cette haute cheminée aperçue à notre arrivée. Nous savons maintenant que c’est le crématoire. De toutes les parties du camp elle est visible, comme pour nous rappeler à tout instant que c’est par là que finiront deux cent cinquante mille d’entre nous. Bien que cela soit interdit, les anciens du grand camp, les français s’entendent, nous rendent “ visite “. Ils nous apprennent les règlements du bagne. Les 20 000, comme on les nomme, sont, eux, en tenue rayée, ils ont une affectation dans un commando de travail. Ils nous disent les terribles règles qui ont cours ; sous n’importe quel prétexte et sans prétexte du tout les SS et leurs auxiliaires de la hiérarchie intérieure, ont droit de mort sur le troupeau que nous sommes, sans avoir à en rendre compte à quiconque. Nous verrons par la suite que certains ne s’en privent pas, surtout parmi les “ verts “ et quelques “ rouges “, que le camp a rendu dégénéré. Pendant notre séjour au petit camp, nous apprenons qu’à l’issue de la quarantaine, nous serons affectés à un commando de travail, ou bien nous partirons en transport. Les bons commandos sont les usines d’armement où seront affectés les spécialistes : mécaniciens, électriciens, tourneurs, ajusteurs ou ceux qui se (...)



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