Arkheia, revue d'histoire

Claude Campanini : itinéraire d’un déporté moissagais II

Par Claude Campanini
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Article publié dans
Arkheia n°1
Auteur : Claude Campanini, ancien résistant et déporté, a écrit ce témoignage le 27 Juillet 1998 à Moissac où il réside depuis de longues années.

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Défaillance

Nous étions en février 1944, les nazis venaient de déclencher leur contre offensive sur le Rhin. Les Américains venaient de repasser le fleuve en retraite ! Pour nous, même si l’issue ne faisait plus aucun doute depuis longtemps, les nouvelles du front ne portaient pas à l’optimisme vu notre état physique. C’était l’époque où mes forces disparaissaient un peu plus chaque jour. La faim plus aiguë. Le froid me transperçait de jour comme de nuit. Depuis longtemps j’étais pieds nus. J’avais le corps couvert de plaies. Je n’avais plus de cheveux, plus d’ongles aux pieds. Pendant les quelques heures de repos, je ne dormais plus, tant la faim et le froid étaient intenses. Mon état ne me permettrait pas d’attendre la fin. Je pensais à en finir. Mon corps se réchaufferait enfin aux flammes du crématoire. Je cherchais un moyen pour en terminer par moi-même. Si je me laissais aller un kapo se ferait un plaisir de me liquider. Je ne voulais pas lui donner cette jouissance. Un jour que j’avais le caractère plus noir, le temps plus gris, le froid plus piquant, l’esprit plus dérangé, du moins c’est l’explication que bien des fois je me suis donné. Je me suis éveillé pendant que je roulais avec le chargement de pierres du wagonnet que je venais de vider dans le ravin. Habituellement pour vider les wagonnets remplis de blocs de pierres, nous nous tenions côté remblai et en poussant nous basculions le chargement dans le vide. J’étais passé côté ravin et tiré la benne sur moi, sur environ quinze mètres j’ai roulé avec d’énormes blocs de pierres ; et me suis relevé sans dommage. A ce moment j’eus très peur pensant que j’aurais pu ne plus être, bien que c’était ce que je cherchais. Je me suis repris, me disant que désormais je ferai tout pour sauver ma pitoyable carcasse. J’étais pourtant à bout et j’ignorais que le pire était à venir.

Le Train

Je reviens un peu en arrière, en septembre 1944. Epoque où malgré les privations, le travail très dur, les brutalités et tout ce que j’ai déjà dit, j’étais encore solide. Je faisais équipe avec mon copain Charlot, dont j’ai déjà parlé. A cette période l’attitude de Charlot avait changé envers nos gardiens, c’était un motif de discutions, d’accrochages. Le motif en était les bassesses de Charlot envers nos gardiens, ce qui ne lui ressemblait absolument pas, j’en ai déjà dit quelques mots. Porter leurs sacs, leur faire du feu sur le chantier, pour attraper au vol un morceau de pain comme on donne à un chien ! J’étais dérouté par son comportement. Ce dimanche matin de septembre 1944, nous étions tous deux occupés à terminer un tronçon de voie ferrée. Nous étions seuls avec deux gardiens, le reste du kommando était sur le versant d’en face. Un petit ravin nous séparait. Nous vissions, avec de grosses clefs les boulons qui fixent les plaques qui relient les rails. (...)


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