Arkheia, revue d'histoire

Claude Singer, Le Juif Süss et la propagande nazie. L’Histoire confisquée

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13

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Le livre de Claude Singer Le Juif Süss et la propagande nazie est l’histoire du film Le Juif Süss réalisé par Veit Harlan, et sorti sur les écrans allemands à la fin de l’année 1940. Ce film, au service de l’idéologie hitlérienne, constitue le point paroxysmique d’une manipulation historique tirée de la vie du juif allemand Joseph Süss Oppenheimer, qui connut une ascension rapide en devenant le conseiller de Charles-Alexandre, duc du Wurtemberg, avant de mourir tragiquement en 1738. Accusé à la disparition du duc d’avoir joué un rôle néfaste dans la vie politique, économique et religieuse du Wurtemberg, Joseph Süss Oppenheimer fut en effet condamné à mort et pendu publiquement à Stuttgart dans une cage de fer. Avant d’être adapté au cinéma, l’histoire du Juif Süss fut l’objet de nombreuses relectures, cristallisant sur sa personne fantasmes, préjugés et répulsions antisémites, mais aussi identifications, et attractions diverses. C’est ce que montre Claude Singer dans la première partie de son ouvrage consacrée à l’étude de plusieurs publications, telle la nouvelle de Wilhelm Hauff, Le Juif Süss (1827), le roman du même nom de Lion Feuchtwanger (1925), ou encore les adaptations théâtrales des années 30. C’est au cours des mêmes années 30 que le personnage du Juif Süss est récupéré par le cinéma, avec la sortie en 1934 du film anglais Jew Süss, de Lothar Mendes, qui s’inspire du roman à succès de Lion Feuchtwanger. Six ans plus tard, Veit Harlan, ancien acteur, devenu scénariste, réalisateur et producteur, adapte à son tour à l’écran Le Juif Süss, qui se veut une réponse au film de Mendes, mais aussi au Dictateur de Charlie Chaplin tourné en 1938 et présenté au public en 1940. Après avoir dressé un tableau des films antisémites, d’ailleurs relativement peu nombreux, produits par le régime nazi avant 1940, Claude Singer propose au lecteur une plongée dans l’univers du film de Veit Harlan. Les chapitres consacrés à l’analyse spécifique du film permettent de comprendre les intentions des dirigeants nazis quant à l’utilisation faite du cinéma à but propagandiste, les ressorts mis en œuvre pour distiller un discours antisémite, les moyens utilisés pour donner au Juif Süss la plus large diffusion possible, ainsi que la place particulière de ce film dans la production cinématographique nazie. Que ce soient à travers le scénario et les thèmes abordés (sexe, complot, argent), les techniques cinématographiques utilisées (cadrage, lumière, plans, mouvements de caméra, montage, rythme, bande sonore…), ou le choix des acteurs, tous les moyens furent mobilisés pour véhiculer une vision national-socialiste du monde, et un message clairement antisémite censé préparer l’opinion à la radicalisation des mesures anti-juives. Les trois chapitres consacrés à la réception du film par le public tendent à insister sur son (...)

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