Arkheia, revue d'histoire

Clemenceau, un nouveau Démosthène ?

Par Anne-Laure Tisseyre
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Anne-Laure Tisseyre, enseignante d’histoire à Toulouse et titulaire d’une maîtrise sur Démosthène.

Page suivante

En 1925, quatre ans avant sa mort, Georges Clemenceau consacre un ouvrage à l’orateur athénien du IVe siècle av. J.-C., Démosthène. A la lumière de sa propre expérience, l’ancien Président du Conseil juge et analyse l’action de Démosthène et, au fil des pages, apparaissent, implicitement, des analogies entre l’auteur et son héros.

Le Démosthène de Georges Clemenceau paraît pour la première fois dans l’Illustration en décembre 1925 , puis, au mois de février 1926, chez Plon, dans la collection « Nobles Vies-Grandes Oeuvres », sous la forme d’un petit livre broché de 126 pages. Lorsqu’il rédige son Démosthène, Clemenceau n’est plus le grand homme de 1918. Désabusé, amer et déçu, il a été cruellement atteint par le démantèlement immédiat du traité de paix de Versailles, par le retrait des Etats-Unis, par le renoncement aux réparations, par les satisfactions successives accordées à l’Allemagne et surtout par l’attitude des Français. Ces derniers, après l’horreur des années de guerre, sont avides d’insouciance. En 1925, Clemenceau ne se fait plus d’illusions sur le caractère éphémère de la paix et, en 1929, il écrit « Qui donc ne voit la menace, à courte échéance, d’un retour à une politique de domination armée, et d’une revanche du Traité de Versailles ? » . Le Démosthène reste intrinsèquement lié au contexte historique de sa rédaction. Au fil des pages, l’image que l’auteur donne de la patrie de Démosthène rappelle implicitement la France du début du XXe siècle. L’évocation de la Grèce envahie par la Macédoine ranime le souvenir de la France subissant le joug de l’impérialisme prussien.

Ces deux foyers de civilisation et de liberté sont attaqués par la force brutale du barbare. Le peuple grec comme le peuple français, apparaît comme l’héritier de certaines valeurs, de certains idéaux qu’il a le devoir de défendre, de perpétuer et de transmettre. Mais l’inconstance, la versatilité et la division des peuples athénien et français vont s’opposer à la volonté de Démosthène et de Clemenceau. La Grèce et la France n’ont pas retiré les bénéfices de leur victoire, peu à peu métamorphosée en défaite. Les analogies foisonnent : Philippe, c’est sans aucun doute l’envahisseur allemand, Eschine et Phocion, ce sont Caillaux ou encore Briand et enfin Démosthène, c’est Clemenceau. En effet, Clemenceau s’identifie implicitement à l’orateur athénien. Tout au long de son récit, il met en exergue l’idéal d’une vie dépensée au service d’une noble cause. « Le besoin de l’action, de la vie pour l’action, voilà ce qui éclaire notre voie obscure, ce qui nous pousse, le cœur ardent, aux réalisations d’avenir » . Après de semblables agissements au service de la liberté et de la patrie, Démosthène est définitivement vaincu à l’issue du désastre de Cranon alors que le Président du Conseil est encensé en (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
soutenez la revue Arkheia
L’association Arkheia regroupe un collectif totalement bénévoles qui oeuvre depuis maintenant 10 ans pour collecter des archives, recueillir des témoignages de témoin clé comme d’anonyme pour mettre à jour notre histoire locale, notre patrimoine commun régional. Ce n’est que par la contribution de nos lecteurs et plus particulièrement par leur abonnement que ces recherches et surtout la publication de la revue Arkheia est rendue possible. Alors offrez Arkheia à ceux que vous aimez ! Un ouvrage offert pour chaque abonnement de soutien.
The Resistance. The french fight (...) Si jusqu’à maintenant la Résistance française a statistiquement peu intéressé les historiens anglo-américains, certains d’entre eux (John Sweets et Harry Roderick Kedward) ont cependant considérablement (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia