Arkheia, revue d'histoire

Construction du barrage de Tuilières

Par Frédéric Gontier
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Article publié dans
Arkheia n°21

En 1908, endiguée par l’obstacle que constitue le barrage, la Dordogne commence à monter dans son lit. L’ensevelissement de la vallée sous les eaux ne cause pas de traumatisme particulier. La partie encaissée que la rivière submerge est précisément celle, inhabitée, qui était régulièrement inondée. L’ouvrage bouleverse ce coin de Périgord et devient une fantastique source de richesse pour les communes où elle est implantée. Dans la région, de Bergerac à Bordeaux et de Périgueux à Angoulême, il apporte, progressivement, la puissance et le confort de l’électricité. Albert Claveille a réussi son pari ambitieux et donne à l’Europe son barrage le plus long du moment, au terme de 42 mois de travaux (entre juin 1905 et décembre 1908) ponctués par les crues, par les accidents et par les conflits sociaux.

La construction du barrage avec ses Brève histoire d’un chantier exceptionnel huit vannes, une performance pour l’époque, nécessite une main d’oeuvre abondante. Le site du chantier, c’est-à-dire le barrage proprement dit et l’usine hydraulique, compte ainsi jusqu’à neuf cents ouvriers l’année de son achèvement, soit trois fois plus qu’au départ, en 1905 : terrassiers, mineurs, maçons, charpentiers et électriciens sont présents. Mais, la cohabitation n’est pas toujours simple au sein de la population ouvrière avec la main d’oeuvre étrangère. En mai 1906, des incidents graves opposent les ouvriers français qui sont au nombre de 337 aux 24 Espagnols, surnommés « escargots », en minorité. Malgré l’intervention des forces de l’ordre, tous les étrangers quittent fi nalement le chantier. Par ailleurs, les travaux eff ectués sur le site sont dangereux et la mortalité importante ainsi que le nombre de blessés. Aux accidents liés à ce type de chantier, il faut ajouter le rôle des crues, comme celle de 1907 qui provoque la paralysie complète de l’activité.

Cependant, en dépit des obstacles, le projet d’Albert Claveille est mené à son terme, surpassant le plus grand barrage établi en France en 1885, celui de Poses, sur la Seine..

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