Arkheia, revue d'histoire

De Gaulle au miroir communiste (1935-58) : retour sur une passion française

Par Yves Santamaria
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Yves Santamaria est historien. Spécialiste du communisme, il a notamment écrit Le parti de l’ennemi ? : Le Parti communiste français dans la lutte pour la paix (1947-1958) (Armand Colin, 2006).

Page suivante

« Dès le début, ils ont su qui j’étais. De même, les avais-je pénétrés dès le début. Ils ne se sont jamais fait d’illusions sur mon compte et réciproquement ». L’appréciation flatteuse portée par le général de Gaulle sur la lucidité des communistes français à son égard rend compte du sentiment réciproque d’un antagonisme foncier entre deux visions du monde.

Aucun des deux partenaires n’a, pour autant, renoncé à manipuler l’autre, pas plus qu’il n’a été à l’abri d’appréciations erronées sur ses desseins à court terme. Derrière une vision « hyperréaliste » des rapports de force, notamment internationaux (géographie oblige, les bolcheviks chaussent les bottes des tsars) de Gaulle n’était pas insensible aux croyances politiques de ses adversaires et savait développer au service d’une politique à triple détente une vision double des choses, voyant de l’œil droit la Russie et de l’œil gauche le mouvement international . De leur côté, les communistes, pourtant experts en réalisme et adeptes de la caractérisation idéologique, ne surent pas toujours, c’est le moins que l’on puisse dire, discerner de quelle dimension relevait la politique de leur adversaire. Douze ans après la tenue du colloque de Nanterre sur les relations de Gaulle/PCF , nous souhaiterions évoquer ici, en nous appuyant sur de nouvelles sources ainsi que sur certains travaux postérieurs, la manière dont les communistes furent constamment tentés, en dépit de la qualité de leur information, de noyer dans leurs analyses l’originalité de la position gaullienne pour ramener le Général au connu, peinant à jauger la distance de de Gaulle par rapport aux impérialismes anglais puis américain et à anticiper sur ses positions face à la IVème république et au conflit algérien.

Une si longue résistance

À notre connaissance, la première mention du colonel de Gaulle par les communistes français dans l’entre-deux-guerres date du débat de 1935 et concerne la prolongation à deux ans du service militaire. Alors antimilitariste, le PCF refusait d’arbitrer entre les diverses logiques (effectifs ou matériels ? militarisation ou professionnalisation ?) inhérentes à « l’armée bourgeoise ». Un reproche majeur ponctuait son argumentaire : l’état-major « ne veut pas savoir qu’une nouvelle méthode existe, la guerre aéro-chimique ». Telle fut la conclusion à laquelle parvint Maurice Thorez lorsque, le 15 mars, il intervint à la Chambre dans l’important débat qui vit les forces politiques du pays s’exprimer sur la politique de défense française. À ses yeux, c’était précisément la certitude de cette frappe apocalyptique qui réduisait à néant le projet de « l’armée motorisée dont rêve le colonel de Gaulle » . Ce n’est qu’à l’époque où il a soutenu le gouvernement de Front populaire que le PCF s’est engagé dans la propagande en faveur de la (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Les prisons militaires
Découvrez le blog de Jacky Tronel
Edito « Là où je tomberai, je veux être enterré », c’est par cette saisissante formule du président Azaña en forme de dernière épitaphe que le hasard des circonstances, il faut bien le dire, a mené le Président (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia