Arkheia, revue d'histoire

De La Dépêche de Toulouse à La Dépêche du Midi

Par Félix Torrès
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Félix Torres agrégé d’histoire, il est notamment l’auteur de La Dépêche du Midi, histoire d’un journal en république, 1870-2000 (Hachette littératures, 2002.)

(...) fait celui qui existait dès 1848 du Languedoc à la Provence. Longtemps tiède, sinon bonapartiste, la mosaïque des pays du Sud-Ouest se colore progressivement de 1876 à 1898, dans le sillage des “ couches nouvelles ” célébrées par Gambetta, celui de la ville rose, républicaine et radicale. A la veille du XXe siècle, la « région de la Dépêche » comme on a pu l’appeler envoie à la Chambre un bloc de trente ou quarante députés, sans lequel on ne saurait vraiment gouverner et dont le poids sur la vie politique nationale sera sensible jusqu’à l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle et l’avènement d’un régime présidentiel. Hier outil de conquête, la Dépêche devient organe de gouvernement et de représentation, celui du Parti radical, le parti de la République par excellence. Véritable « intellectuel organique » de la région, la Dépêche exprime désormais cette culture politique qu’elle a contribuée à installer, celle du « modèle républicain » à son apogée, à la fois vision du monde, modèle social et mode de comportement politique. Il y a indéniablement des « affinités électives » entre le Midi toulousain et la Troisième République, celui d’un monde de petits propriétaires indépendants, qui ne va guère à l’église, croit dans l’éducation et la promotion sociale, apprécie la représentation parlementaire (avec le clientélisme qui l’accompagne souvent en pays latin), espère dans la Revanche et la Patrie (mais sans excès nationaliste) et lit avec délectation les éditoriaux de Pierre et Paul, alias Arthur Huc, dans la rubrique “ Idées et doctrines ” du journal à manchette rouge, posé sur la cheminée, dont la lecture se transmet de père en fils. Cet ancrage républicain et citoyen permet d’aborder avec un œil différent l’épisode controversé des années 1940-44. Parce qu’elle a paru durant cette période, sous la férule impitoyable mais invisible de la censure, la Dépêche a été tour à tour accusée de collaboration avec l’Occupant , de maréchalisme et d’adhésion au vichysme, d’attentisme et d’opportunisme et, last but not least, de complicité antisémite. Des accusations qui s’annulent réciproquement et qui méconnaissent la profonde idéologie républicaine du journal. Tous ces reproches construits a posteriori et non sans arrière-pensées (il s’agit de dé-légitimer le rôle d’influence du journal, lui ôter sa place privilégiée en Midi toulousain), y compris ceux d’opportunisme et d’attentisme, oublient l’antienne qui est celle du “ Journal de la Démocratie ” à partir de 1940 : protéger l’institution qu’incarne la Dépêche, durer pour préparer le retour de la République – la IIIe bien entendu !, celle que rejettent à la fois les hommes de Vichy, de la Résistance et de la France libre –, ce que tentera Maurice Sarraut et lui vaudra de tomber sous les balles de la Milice armée par (...)


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