Arkheia, revue d'histoire

De La Dépêche de Toulouse à La Dépêche du Midi

Par Félix Torrès
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Félix Torres agrégé d’histoire, il est notamment l’auteur de La Dépêche du Midi, histoire d’un journal en république, 1870-2000 (Hachette littératures, 2002.)

(...) l’Occupant. Fait notable, l’attitude de la Dépêche pendant les années noires révèle un thème occulté depuis la Libération, celui du maintien, au moins dans le Sud-Ouest, de la culture républicaine malgré Vichy, telle “ une eau disparue qui va toujours, courant sous terre ” . Comment se serait-elle brutalement évaporée, élites comprises, devant un Maréchal autoritaire et anti-démocratique ? Dans cette perspective, notre propos tente de réparer une confusion toujours entretenue sur le radicalisme catalogué “ modéré ” de la Dépêche et de Maurice Sarraut, des années 1920 aux années 1940. Du Cartel des gauches aux heures difficiles (pour les radicaux) du Front populaire, celui-ci est, quelle que soit son opposition au communisme de l’époque, toujours resté de gauche. Justifier la non-intervention en Espagne ne faisait pas du journal de la rue Bayard un organe pro-franquiste ; approuver (sans joie aucune) Munich n’en faisait pas un organe munichois ; endosser les mesures autoritaires de la IIIe République finissante n’empêchait pas de prôner la lutte à outrance en 1940, avant le “ coup de massue ” d’une impossible défaite et du “ cesser le combat ” du 17 juin, d’abord repoussé. Il y a eu sans aucun doute un échec de Maurice Sarraut et de la Dépêche, celui des limites du modèle républicain du début du XXe siècle, enfermé dans ses références historiques, percevant la République comme un acquis et non plus comme un idéal. Pas assez dreyfusarde, en somme. Son flottement correspond à la dislocation du couple République-patriotisme que provoque la défaite, établi en 1870 par Gambetta avec l’idée de Défense nationale. Il y là aussi une veine de gauche originale – qu’attestent dans le journal de l’Entre-deux-guerres nombre de plumes internationales –, étrangère aux sirènes de l’antifascisme tel que le manipulait largement le mouvement communiste. D’où sans doute la virulence, à droite et surtout à gauche des haines que le journal radical soulèvera à la Libération et par la suite. Comme si sa parution entre 1940 et 1944, sa renaissance en 1947 (qui soulèvera nombre de polémiques et manifestations aujourd’hui oubliées), son existence même de journal incarnant une culture politique renvoyaient à la violation d’une sorte de tabou, celui du pacte républicain tel qu’il a été reformulé entre Londres, la Résistance et Alger entre 1943 et 1945. À une époque où les partis sont des entités floues, peu organisées et très indisciplinées – le premier d’entre eux, le Parti radical naît en 1901 –, la Dépêche joue dans sa région un rôle de “ parti républicain ”, par ses informations, ses commentaires, sa mise en valeur d’élus locaux et nationaux, son choix à chaque élection pour le “ bon candidat ”. On peut juger que, ce programme ayant peu ou prou été adopté par la France entière, l’heure de l’âge d’or du (...)


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