Arkheia, revue d'histoire

De l’exil à la mort : le désespoir d’Azaña

Par Emile Témime
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Emile Témime est professeur d’histoire contemporaine émérite de l’université de Provence, Aix-Marseille.

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Les derniers mois de la vie d’Azaña sont marqués par le drame et la désespérance. Le drame d’un homme et le drame d’un peuple, car on ne peut évidemment séparer les deux : la défaite de la République et le renoncement de l’homme qui l’a incarnée depuis ses origines.

Pour suivre cet homme, pour tenter de comprendre ses prises de position et de mesurer la souffrance qu’il a pu ressentir, on se reportera à ces trois dates - charnières qui ont marqué son dernier séjour en France : celle du 5 février 1939, le passage de la frontière ; celle du 27 février, la démission de ses fonctions présidentielles ; et enfin, celle du 3 novembre 1940, la mort. De ces trois dates, la plus significative est bien celle du 27 février. Azaña se retire, renonce à toute fonction politique, et reprend en même temps la liberté de parole. Renoncement symbolique. Mais peut-on, quand on a exercé si longtemps de hautes responsabilités (comme chef du gouvernement, puis comme président de la République), quand on est le symbole même de cette République, se retirer tout simplement ? Ce n ’ est pas possible. Même s’il entend se tenir à l’ écart de la politique, il est impossible à Azaña de ne pas réagir à l’ événement, ni même de s’ en détacher. Et il le ressent avec d’autant plus de force que le sentiment d’ échec, le désarroi qui suit la défaite sont aggravés par la maladie. Ce n’est pas possible non plus pour les autres. Ceux qui l’aiment et qui l’entourent (même s’ils sont de moins en moins nombreux au fil du temps ) respectent en lui à la fois l’homme et le politique. Et il leur faut défendre cet homme et justifier cette politique. Car les adversaires sont nombreux, à commencer par ceux qui ont aussi pris avec lui le chemin de l’ exil, mais qui lui reprochent son renoncement. Les controverses parfois violentes qui s’ engagent rappellent les affrontements récents, celui notamment qui a opposé Azaña au chef du gouvernement, Juan Negrín, sur la poursuite ou non de la guerre. Mais les relations avec le socialiste Prieto, qui avait pris pourtant des positions assez proches de celles du Président de la République, paraissent également se distendre. Sans oublier l’attitude des vainqueurs, pour qui cet homme modéré est et restera l’homme à abattre. Démocrate et franc - maçon, il représente tout ce que hait le général Franco. Son retrait de la vie politique ne change rien à cette hostilité. Retrait volontaire à coup sûr, mais qui se fait dans la solitude et dans la souffrance. Il sait depuis longtemps que la guerre est perdue. Et que la République est condamnée. Tant qu’il demeure sur le territoire espagnol, il la représente encore. Il n’a plus le pouvoir depuis longtemps, mais il a encore la légitimité. Le jour où il franchit la frontière, le pouvoir légal qu’il représente s’ efface. Une page est définitivement tournée. Un des (...)


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