Arkheia, revue d'histoire

Dolores de Rivas Cherif et Azaña

Par Enrique de Rivas
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Enrique de Rivas est écrivain, éditeur. Il est le neveu de Manuel Azaña (texte traduit par Jean-Pierre Amalric).

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C’est dans une triste occasion que Manuel Azaña pénètre pour la première fois dans la maison familiale des Rivas Cherif : la maladie et la mort rapide de Ramón de Rivas Cherif, âgé de dix - huit ans, le frère préféré et le plus proche de Lola, qui n’ en avait que dix - sept. Cette année - là, en 1921, la famille avait renoué avec la coutume, suivie depuis 1890, de passer l’ été à Villalba de los Alcores, dans la province de Valladolid, dans une propriété qui comprenait maison, jardin, terres agricoles, ainsi que les ruines d’un château du XIIIe siècle, achetée en 1860 par le grand - père de Cipriano et Lola, Don Cipriano de Rivas Díez, qui occupait la charge de secrétaire du sceau privé de la reine Isabelle II. Ces vacances étaient passées dans l’intention de changer d’air après le tragique événement et de trouver quelque diversion grâce à la présence de plusieurs amis invités, parmi lesquels Manuel Azaña. Don Mateo de Rivas Cuadrillero, le père de famille, lui avait envoyé une invitation en vers de la part de sa fille cadette, dénommée plaisamment Altesse chérifienne. L’invité y répondit sur le même ton par quelques vers que la destinataire conserva en mémoire sa vie durant et qui commençaient ainsi : « A Son Altesse chérifienne / qui commande la potence et le glaive / et m’invite en son château / de la steppe castillane… ». Ils s’achevaient par une sorte d’autoportrait et une allusion qui a pris tout son sens avec le recul du temps : « …Mais j’accepte à mes conditions / pour prévenir toute désillusion / survenue en d’autres occasions / et éviter qu’ elle ne se répète : / je ne danse ni ne chante ni ne plaisante. / Bien qu’une humeur folâtre m’agite le corps, / je suis catalogué parmi les tristes. / Pour la gent juvénile / je suis un funèbre cyprès, un moine ou un curé / et le plus souvent elle s’ efforce / de m’ écraser comme un insecte… ». Ils passèrent ainsi une quinzaine de jours près l’un de l’autre, pour la première fois. Ce rapprochement conduisit Manuel et Lola, huit ans plus tard, au mariage qui fut célébré en février 1929 : ce fut chez lui le germe d’un sentiment qui alla s’affirmant et se manifestant tout au long de ces années. Ainsi trouve - t - on par exemple dans sa correspondance de 1925 avec Cipriano, alors en tournée à travers l’Espagne, de nombreuses mentions de ses visites à la famille de son ami, où ne manquent pas des allusions à Lola, apparemment insignifiantes. En 1926, il fait allusion à « une déception », ajoutant : « mon projet allait contre le bon sens et j’en étais bien conscient », et se référant vaguement à des « sentiments vacants », à des « faiblesses » à la « recherche d’un objet ». Mais quelques mois plus tard, en 1927, il note dans un carnet : « De quoi suis - je tendrement amoureux ? Est-ce d’une charmante personne, est-ce de (...)


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