Arkheia, revue d'histoire

Du mythe à la propagande. Père tranquilles sous l’occupation

Par Clément Puget
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Clément Puget est doctorant en histoire.

La France est occupée par l’envahisseur allemand mais un petit village résiste encore sous l’impulsion d’un homme, M. Martin. Ce “ père tranquille ” n’a pas l’allure d’un héros et pourtant… il est le chef des réseaux de résistance de la région !

Le Père tranquille est un long métrage de fiction réalisé au début de l’année 1946 par le célèbre chansonnier français Noël Noël avec l’aide du cinéaste René Clément. Ce dernier a supervisé la réalisation technique du film mais Noël Noël en a écrit le scénario et les dialogues. En choisissant l’auteur de La Bataille du rail comme collaborateur, Noël Noël inscrivait son film dans la lignée des fictions à caractère “ réaliste ” dont le thème central était la résistance à l’occupant allemand. Sorti au mois d’octobre 1946, le film connut un vif succès en raison de son caractère comique, faussement naïf aux accents de “ bon sens populaire ” : chronique amusante de la vie d’un Français moyen, il évoquait les péripéties d’Edouard Martin et de sa famille dans le village de Moissan pendant les années d’occupation. L’intrigue est fondée sur le secret de la double identité de ce père tranquille, courtier d’assurance le jour et chef de réseau la nuit. L’épilogue le révèle chef de la Résistance dans la région, au plus grand étonnement de sa femme et de son fils. Dans la dernière séquence pourtant, Martin n’en tire aucune gloire et retourne se consacrer à sa passion : les orchidées ! L’année qui précède la sortie du film a vu la fin des hostilités et le renforcement de l’emprise sur le pouvoir du pouvoir du général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française depuis le 2 juin 1944. En proie aux doutes, de Gaulle quitte toutefois le gouvernement le 21 janvier 1946. En désaccord sur la manière dont les formations politiques envisagent le fonctionnement de la IVème République, il prononce à Bayeux un discours qui marque son opposition au régime tripartiste qui lui a succédé. C’est donc dans un contexte de relative incertitude politique qu’est projeté, le 10 octobre 1946, Le Père tranquille. A priori sans rapport avec l’actualité, cette fiction fait pourtant apparaître en filigrane l’imagerie résistantialiste en vogue aux lendemains de la Libération : celle d’une France unie et victorieuse derrière son chef, de Gaulle ! L’influence du Général est bien présente au sein de la culture populaire et le mythe de la France unanimement résistante s’affirme dans des consciences marquées par un passé douloureux et troublées par une actualité politique heurtée.

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