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Dunes : le dernier témoin du 23 juin 1944 parle

Par Baptiste Gay
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) essayant de se retenir à la corde. » Roger Bourgade n’est pas au bout de ses peines. « Les Allemands avaient une liste préétablie de noms mais, visiblement, cela ne leur suffisait pas. Ils sont revenus choisir parmi les otages. Ils ont désigné un homme qui était juste à mes côtés. Quand il a vu que c’était son tour, il s’est évanoui. Ils l’ont traîné jusqu’à la table où ils avaient posé les chaises pour pendre les otages. » Roger Dublin, l’homme qui s’est évanoui, était ouvrier agricole à Caudecoste. Un Ch’ti qui avait franchi la ligne de démarcation. Après avoir entendu des coups de feu venant du centre de son village, il s’y était rendu. Fait prisonnier avec d’autres Caudecostois, il avait été emmené jusqu’à Dunes par les Allemands.

Sur cet instant « hors du réel », bien des questions hantent encore l’agriculteur à la retraite. « Je me demande comment l’humain peut accepter cette discipline ? Il y avait chez eux une énergie peu commune. On peut supposer qu’il y avait des convaincus, d’autres moins. Les plus jeunes baissaient la tête et n’avaient pas grand courage pour regarder le spectacle. Tout laisse supposer que si on n’était pas venu les chercher, la « fête » n’était pas finie. Il n’essayait plus de savoir s’il pendait un maquisard ou non. Est-ce qu’on peut mesurer le prix que les pendus ont payé ? » Son existence, Roger Bourgade aurait à nouveau pu la perdre lors de cette journée, quand, à son retour, il décide d’aller avertir le maquis caché dans un bois. « Ils n’étaient pas au courant. Si je ne lève pas les mains en arrivant ils me tirent dessus. Je ne sais pas si on a assez dit que cela ne devrait pas se reproduire. Quand je vois ce qui se passe encore dans notre monde. Il n’a guère évolué. »

à l’aube de sa vie, Roger Bourgade est toujours poursuivi par ce 23 juin 1944. « Il ne faut jamais oublier ! J’ai du mal à entendre les anciens qui disent « c’est lou passat (le passé, N.D.L.R.) », comme s’il ne fallait plus en parler. Pour ma part je vais m’éteindre avec cette seconde d’image en moi. »

LaDepeche.fr | le 23/06/2004

23 JUIN 1944. 60 ANS APRÈS, RETOUR SUR UNE JOURNÉE TRAGIQUE QUI MARQUERA À JAMAIS L’HISTOIRE DE DUNES.

C’est ce matin que sera célébré à Dunes, le 60e anniversaire des tragiques événements qui endeuillèrent la commune. Cette commémoration sera dédiée aux14 victimes qui, au prix de leur sacrifice, ont sauvé leurs familles, la population et le village, leur patrie natale ou d’adoption.

LES FAITS

Au matin du 23 juin 1944, une troupe d’environ 200 SS du bataillon de pionniers de la division « Das Reich » cantonnée à Valence-d’Agen depuis le 13 juin quitte cette ville vers 3h du matin pour aller à Dunes exécuter une mission de représailles. Cette compagnie était commandée par le capitaine Hermann, avec (...)



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