Arkheia, revue d'histoire

Dunes : le dernier témoin du 23 juin 1944 parle

Par Baptiste Gay
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) (ouvrier agricole) ; Yvon Duburc (maçon, 33 ans) ; Louis Dufour (forgeron, 39 ans) ; Jean Jeambert (retraité, 67 ans) ; Paul Masson (réfugié de la région parisienne (26 ans) ; Gaston Martin (mécanicien, 42 ans) ; Maurice Mauquié (agriculteur, 42 ans) ; Martial Martin (agriculteur, 47 ans) ; Jacques Moussaron (coiffeur, 42 ans) ; André Péleran (facteur, 29 ans) ; Franck Saint-Martin (agriculteur, 38 ans) ; Gaston Sieurac (forgeron, 39 ans) ; Abel Tonnelé (ouvrier agricole, 52 ans).

GRAND TÉMOIN. À 19 ANS, L’HORREUR DÉFILE SOUS LES YEUX DE ROGER BOURGADE.

« Ma raison vacille devant l’atrocité »

Roger Bourgade a 19 ans au moment des événements. Il habite Cuq, un visage voisin du Lot-et-Garonne. Le 23 juin 1944, il arrive à Dunes vers 8h pour procéder au remplacement des fers de sa jument. Louis Dufour, le maréchal-ferrant, a déjà bien avancé son travail quand un habitant du village (M.Victor Caffar) passe les prévenir de l’arrivée des Allemands : « Dufour, il faut partir, les Allemands montent sur Dunes, ils arrivent aux vignes blanches. » Pourquoi, pense Louis Dufour, je n’ai pas de raison de partir ? Il vient tout juste de rentrer de prisonnier de guerre et il a appris à s’exprimer correctement en allemand. Puis s’adressant à son jeune client Roger Bourgade : « On verra bien, de toute façon, n’aie pas peur, je leur parlerai. » Le dialogue espéré, il n’en est pas question. Tous deux sont regroupés avec les autres habitants et dirigés vers la place de la mairie. « Les choses se déroulent alors très rapidement rappelle Roger Bourgade. Il s’ensuit la vérification des papiers d’identité et l’appel des otages qui seront regroupés sous la halle de la mairie dans un premier temps. Mais l’officier trouve le nombre trop peu important. Il revient vers le premier groupe prendre au hasard trois malheureux supplémentaires. Nous étions prostrés, se souvient Roger Bourgade, comme dans un état second. L’officier désigne alors Roger Dublin, un jeune réfugié de Caudecoste que je connaissais et qui était à côté de moi. Ses nerfs ont craqué, il s’est évanoui. Les soldats l’ont néanmoins traîné vers le balcon tragique. J’ai souvenir, poursuit Roger Bourgade, de la première exécution. C’était Louis Dufour, un homme qui a fait preuve d’un incroyable courage face à la mort. Par la suite ma raison vacille quelque peu, mon regard n’a pu supporter la suite de cet horrible spectacle. Je me dois de préciser, dit encore ce grand témoin, que l’on doit différencier le comportement de l’ensemble de ces soldats. Certains, des hommes d’un âge mur, paraissaient être des professionnels du crime, prêts à toutes les atrocités, alors que les tout jeunes soldats qui nous gardaient (peut-être enrôlés de force) paraissaient être contraints, comme envahis d’un certain malaise durant le temps des exécutions. C’est avec un moral profondément atteint, choqué par cet affreux spectacle, que je suis rentré chez moi vers (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Arkheia : Azaña 4 - 5
Manuel Azaña : Nation et mémoire en débat sous la co-directions de Geneviève Dreyfus-Armand et Jean-Pierre Amalric. A découvrir ici...
Vichy État occitan ?
Azaña : le Mexique et la république (...) Après avoir fait le bilan des journées Manuel Azaña 2010, le bureau de l’association Présence de Manuel Azaña s’est réuni vendredi 26 novembre, à Montauban (1) afin de lancer les préparatifs des (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia