Arkheia, revue d'histoire

Edito

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°10
Auteur : Max Lagarrigue est historien, directeur-fondateur de la revue Arkheia.

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La recherche de Jacques Latu nous amène au cœur de cette résistance faite à la fois de petits riens et d’actes héroïques. Avec la précision d’un horloger, poussant la minutie jusqu’à donner l’heure d’un rendez-vous, d’une action, J. Latu, tente ici, le pari de rendre authentique l’action clandestine. Cet “ effet de réel ”, selon l’expression du médiéviste Jacques Le Goff, prend tout son sens dans ce travail où l’auteur collecte méticuleusement depuis des années des témoignages sur ces années noires. Ce coup de projecteur sur le sud tarn-et-garonnais nous conduit à plusieurs constats qui mettent souvent à mal certaines idées reçues.

Le Tarn-et-Garonne, nous le savons, ne fut pas un département où les organisations de résistances furent considérables. Le maquis constitué par la 10e compagnie de l’Armée secrète (AS) dans le secteur de Beaumont-de-Lomagne, Lavit, Finhan, Montech, que nous conte l’auteur, est singulier et tardif. En effet, le décompte des effectifs démontre qu’en 1942, seul André Brunel – le futur responsable du maquis – et son ami François Marsol sont membres de cet embryon de résistance. Le maquis commence à s’étoffer durant l’année 1943, date à laquelle une partie de la jeunesse française préfère entrer en clandestinité que partir en Allemagne pour participer au service de travail obligatoire (STO). Il faut attendre juin-août 1944 pour que cette 10e compagnie se constitue véritablement en un maquis de 130 hommes. Cet engagement pouvait-il être autrement que tardif ? Les ordres venus de Londres étaient stricts à ce sujet. Pas d’attaques directes contre l’occupant et moins encore de regroupements tant que l’heure du jour "J" n’était donnée. Même si ces ordres furent parfois rompus par certains francs-tireurs, les responsables, dont beaucoup étaient des militaires de carrière, surent faire patienter leurs troupes belliqueuses. Cette attente, conspuée aujourd’hui par certains thuriféraires va t’en guerre, évita certainement les représailles de l’occupant. Rappelons que le Tarn-et-Garonne comptait déjà ces “ petits Oradours ” avec en particulier les pendus de Dunes et les exactions de Montpezat-de-Quercy. La présence de la division SS Das Reich n’y était pas étrangère ; c’est cette même compagnie qui commit quelques semaines plus tard le massacre d’Oradour-sur-Glâne. A ces arguments, que l’on pourrait qualifier de rétroactifs, ajoutons qu’un maquis avait pour tâche vitale d’éviter de se mettre en danger ou pire encore de déplacer la terreur de l’occupant sur la population locale. Il est peut-être difficile d’entendre dire aujourd’hui, après que certaines légendes soient édifiées comme une vérité péremptoire, que beaucoup d’hommes entrant au maquis étaient plus là pour demeurer invisibles des services du STO, de la répression des autorités françaises et allemandes, (...)


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