Arkheia, revue d'histoire

Edito

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : est historien, journaliste directeur de la revue Arkheia, et coorganisateur des journées Manuel Azana. Il est notamment l’auteur de 99 questions... La France sous l’Occupation (CNDP, 2007), 1940, la France du repli (Privat, 2001).

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« Là où je tomberai, je veux être enterré », c’est par cette saisissante formule du président Azaña en forme de dernière épitaphe que le hasard des circonstances, il faut bien le dire, a mené le Président déchu, à pousser son dernier soupir à Montauban. S’il y a trouvé le repos depuis désormais 69 ans, force est de constater que durant des décennies ce dernier asile fut aussi celui d’un long silence sur l’homme et son oeuvre.

Le lourd contexte de la défaite

En ce 5 novembre 1940, deux jours après que Don Manuel Azaña a succombé à une seconde attaque cérébrale, sa dépouille - privée d’obsèques religieuses par le préfet de l’époque, Albert Durocher - est conduite couverte de l’oriflamme mexicaine au cimetière urbain par une foule de 3 000 républicains espagnols. Une cérémonie civile improvisée que les autorités du nouvel État français, à Vichy, n’ont sans doute ni le temps, ni les moyens d’interdire. Il faut dire que la mort de l’ancien chef d’État qui vit depuis près de deux mois reclus et affaibli dans une chambre de l’hôtel du Midi, passe au second plan pour les autorités locales. Le nouvel homme fort de cette France en miette et collaboratrice, Philippe Pétain, est attendu à Montauban, ce 6 novembre 1940. Le vieux maréchal toujours auréolé de sa couronne de vainqueur de Verdun, a entamé une tournée de son État. Dans la cité d’Ingres et de Bourdelle, comme à Toulouse le même jour et à Lyon une semaine plus tard, il veut rassurer, rassembler autour de sa personne. Sur la cathédrale et les immeubles qui entourent la préfecture de Tarn-et-Garonne, les drapeaux tricolores flottent au vent. Le moindre balcon est pris d’assaut. On veut voir le « sauveur de la France ». Au monument aux morts, cours Foucault, les anciens combattants de la Grande Guerre sont en première ligne. Rassemblée, depuis un peu plus d’un mois dans une organisation de masse, la Légion française des combattants (LFC) forment l’épine dorsale de la propagande du nouveau régime. Celle du Travail, de la Famille et de la Patrie. Rien jusque-là de révolutionnaire. Des valeurs tutélaires que mêmes les Pères de la IIIe République n’auraient pas reniées. Il ne s’agit pourtant que du crépi de façade d’un gouvernement qui a la revanche chevillée au coeur contre son anti-France. Celle des juifs, des communistes et des francs-maçons. Implacable, la « Révolution nationale » est en marche. Un mois à peine avant la visite du Maréchal à Montauban, l’État français a déjà promulgué sa loi sur le statut des juifs (3 octobre) et dénaturalisé des milliers d’autres. Pris au piège, ces apatrides sont arrêtés et détenus dans des camps d’internement, avant de connaître un sort plus funeste. Ils y rejoignent les francs-maçons (loi du 13 août 1940), nombre d’anciens soldats de l’armée républicaine espagnole et les (...)


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