L’éventuelle publication de ces photographies très crues et inédites avait suscité certaines interrogations au sein de notre rédaction. Pourquoi revenir sur cet épisode douloureux, auquel Arkheia avait déjà consacré une couverture en 2001 et pourquoi présenter à nouveau et d’une manière infiniment plus détaillée le spectacle de ces femmes touchées dans leur dignité ? Après avoir éprouvé en notre sein cette sensible gêne et avoir tranché en faveur de la parution de ces documents, nous avons dû affronter l’hésitation et parfois même le refus de certains dépositaires ou diffuseurs traditionnels de notre revue. Une preuve, sans doute, que les plaies de cette histoire ne sont pas complètement cicatrisées, même si les regards sur ce type d’événement ont unanimement et profondément changé. Que nous révèlent en effet ces clichés, si ce n’est l’engouement des foules pour ce type de spectacle ? Si ce n’est la fierté affichée par le coiffeur, bras séculier de cette forme spéciale d’épuration, un coiffeur encouragé par les officiels ? Si ce n’est la hargne nullement compatissante de mères de famille entourées par leur progéniture dans ce tourbillon ? Véritables instantanés d’une brève période de notre histoire, ces photos sont des archives bien vivantes, parfois bien plus parlantes que des rapports de préfets ou que certains témoignages. Si nous devions finalement regretter quelque chose, c’est moins d’avoir heurté la sensibilité de quelques-uns que d’avoir rappelé le souvenir de cette épreuve aux dernières survivantes de cette double peine de la tonte. Certaines, ayant pris le temps de nous lire, ont adhéré à notre démarche. Depuis aussi, le réalisateur Jean-Pierre Carlon a réalisé pour France 3 un documentaire sur le sujet en sollicitant le concours d’Arkheia. Ces créations écrites ou filmées permettent à ces femmes tondues survivantes de livrer leur témoignage encore si rare.
Dans le présent numéro, Guillaume Bourgeois, spécialiste du communisme, revient sur la personnalité du député périgourdin Paul Loubradou, une vieille connaissance croisée lorsqu’il préparait sa thèse, il y a presque trente ans. Usant d’archives nouvelles et à travers une série d’entretiens avec sa fille, l’auteur nous livre un regard émouvant sur cet artiste aux vies multiples qui adhéra, non sans crise de conscience, au Parti communiste français. Un militant qui refusa, à l’instar de son ami Renaud Jean, héraut des paysans marmandais, d’accepter les changements de lignes de son parti, au cours de la période de bolchevisation du PCF comme après le séisme du pacte germano-soviétique, dernier revirement de Staline avant l’explosion de la guerre. Loubradou démissionna du PCF, aux côtés de l’autre député communiste périgourdin, (...)
Manuel Azaña et la France sous la direc. de Jean-Pierre Amalric. Autour des meilleurs spécialistes et témoins, tout sur le rapport de l’ancien chef d’Etat avec la patrie de Molière