Arkheia, revue d'histoire

Edito

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Max Lagarrigue est historien, directeur-fondateur de la revue Arkheia.

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Après un numéro thématique consacré à l’attitude du régime de Vichy vis-à-vis des régionalismes méridionaux, la rédaction d’Arkheia a décidé de consacrer la présente livraison de notre revue aux mois de la Libération dans le Midi de la France, principalement à travers deux études concernant : l’une, l’insurrection de Tulle et ses conséquences terrifiantes en matière de répression ; l’autre, l’un des aspects les plus sensibles de l’Epuration, celui des femmes tondues. On le sait, ces deux sujets sont brûlants. Le premier, parce qu’il constitua un tel traumatisme que sa mémoire en fut pour longtemps refoulée. Le second, parce qu’il fait aujourd’hui l’objet d’une relecture historique : Jacky Tronel nous propose en effet d’examiner les événements à l’aide des nombreuses archives et des importantes collections de photographies inédites qu’il a su retrouver. À rebours du sens commun, qui voulait que ces tontes avaient été spontanément organisées dans la liesse de la Libération, l’historien périgourdin nous prouve qu’elle furent programmées sur une période longue de plusieurs mois, qu’elles furent au fur et à mesure plus minutieusement mises en scènes, le plus souvent avec le blanc-seing d’autorités administratives parfaitement établies et souveraines, qu’elles mobilisèrent enfin d’importants cortèges de voyeurs parmi les habitants des villes ou bourgades concernées. Au fil des photographies, nous scruterons donc les différentes étapes de ce « carnaval moche » : où le coiffeur du village apparaît en blouse blanche, où le photographe a été convié pour immortaliser une scène dont la dimension voulue comme pédagogique est patente… Mais pour quoi faire ? En humiliant publiquement ces femmes, la communauté entière laverait sa honte ; en les déféminisant, elle leur ferait expier les péchés de chair commis sous l’Occupation… L’histoire n’a en effet voulu reconnaître dans ce type d’événement qu’une seule cause, celle de « la collaboration horizontale » ; pourtant, à partir de l’étude des registres d’écrou d’une centaine de ces femmes tondues qui furent internées au camp de Mauzac, Jacky Tronel montre que, parmi elles, le motif de « relation (sexuelle) avec l’ennemi » fut notoirement insignifiant : l’intelligence avec l’ennemi (26,8 % des cas), la trahison (29,8 %), l’atteinte à la sûreté de l’Etat (31,8 %) représentaient près des neuf dixièmes des causes d’emprisonnement. Parmi les femmes condamnées à la tonte, un nombre non négligeable d’entre-elles furent effectivement de véritables informatrices, agents de la Milice ou de l’occupant. Ils n’en reste pas moins que les femmes subirent une double peine : pour s’être engagées dans la mauvaise voie au nom de leurs idées politiques – ce qu’elles payèrent en tant que citoyennes justiciables, et pour l’avoir fait en tant que femmes – ce qui leur (...)

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