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Entretien avec Jacques Baynac :« Moulin n’a pas été trahi ! »

Par Max Lagarrigue
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Arkheia 20
Auteur : Max Lagarrigue est historien. Il est l’auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007) ou de Renaud Jean. carnets d’un paysan député communiste (Atlantica, 2001).

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Ecrivain, historien et réalisateur, Jacques Baynac, dont l’enfance fut bercée par la mémoire des combats de la Résistance du Sud-Ouest, qui vécut lui-même en militant clandestin durant la guerre d’Algérie, avait toutes les raisons de se passionner pour l’imbroglio de Caluire et pour le destin ultime de son principal protagoniste, Jean Moulin. Après avoir consulté des archives aux quatre coins du globe et rencontré de nombreux témoins, il revisite à travers son livre, Présumé Jean Moulin, l’épopée de celui que l’on a « panthéonisé », dit-il, « pour de mauvaises raisons ». Il a accepté de répondre aux questions d’Arkheia.

Max Lagarrigue : Qu’est-ce qui est à la source de votre recherche ? Jacques Baynac : « Mon enfance. Mes parents, qui avaient été résistants, s’intéressaient aux démêlés judiciaires de René Hardy. Les procès de 1947 et de 1954 me passionnèrent d’emblée. Je les suivais dans les journaux et c’est d’ailleurs ainsi que j’ai appris à lire. A cela, mes parents et leurs amis ne cessaient de dire que l’on ne connaîtrait jamais la vérité. Cela m’a beaucoup affecté. J’ai depuis lu tout ce qui se rapportait à la Résistance pour savoir si Hardy était un traître ou pas. »

Dès la parution de son livre, Le Grand Recrutement (1993), Thierry Wolton a été très critiqué, notamment par Daniel Cordier et par certains qui lui reprochaient d’avoir sous-entendu que Moulin travaillait pour les services secrets soviétiques. « Ce qui est certain dans cette affaire, c’est que Moulin a été très impressionné par la Révolution russe et avait de la sympathie pour l’Union soviétique. C’était un homme de gauche et un révolutionnaire dans l’âme. Il est aussi vrai que durant le gouvernement du Front populaire, il est entré au ministre de l’Air de Pierre Cot, et il y fut chargé de livrer aux républicains espagnols de l’armement et des avions ; des transactions qui l’ont mis en contact avec les services du Komintern et ceux des Britanniques. Ce sont sans doute ces relations qu’il mit à profit durant l’Occupation. Je réfute toutefois l’idée que Moulin était un sous-marin travaillant pour le compte des communistes. »

Quelle est sa réaction au pacte germano-soviétique ? « C’est un choc important qu’il n’a jamais digéré. Il n’a plus désormais confiance, même s’il continue à avoir des contacts avec l’agent soviétique Henri Robinson alias Harry . »

A-t-il une stratégie ? « Elle n’est visible qu’à travers son action et les câbles, les messages radios qu’il transmet à Londres. On y voit, que pour lui, la Résistance est l’incarnation de la Nation, une nation en armes. Il est convaincu que la Résistance doit être le centre de gravité de la France et qu’elle sera génératrice d’une renaissance à la fois révolutionnaire, socialiste et (...)


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