Arkheia, revue d'histoire

Entretien avec Michel Taubmann pour Femmes de prêtres

Par Max Lagarrigue
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Max Lagarrigue est historien, journaliste, directeur-fondateur de la revue Arkheia.

(...) dans l’Islam, le mariage et la sexualité sont des bénédictions. »

- Comment les femmes de prêtres vivent-elles cette relation ?

« Il faut comprendre avant tout que leur vie se passe dans la plus grande clandestinité. Rien ne doit transpirer à l’extérieur. Le prêtre gare sa voiture à 300m du domicile de sa compagne, regarde à gauche, à droite, prend garde que personne dans le voisinage ne le reconnaisse. La plupart des prêtres sont des hommes sincères qui ont pris un vrai engagement, il est très douloureux pour eux de choisir entre l’amour d’une femme et celui de leur foi. Il se retrouve en pleine contradiction, mais ce sont les femmes qui souffrent le plus de jouer ce double jeu et les enfants qui découvrent souvent une fois adulte la vérité. A cela, il faut ajouter que ces femmes vivent cette relation comme quelque chose de honteux. Ce sont le plus souvent des croyantes pratiquantes qui culpabilisent beaucoup. »

- Le phénomène est-il important ?

« En 2000, on dénombrait 19.000 prêtres. L’estimation certaine est qu’au moins 5% d’entre-eux, soit un millier, ont eu des relations avec une femme. Ce chiffre est une échelle basse puisqu’il est déterminé seulement à partir des témoignages des femmes de prêtres qui se sont signalées, mais il y a toutes celles qui ne sont pas manifestées… »

- Pensez-vous que l’église peut changer son attitude sur ce sujet ?

« Rien ne changera avec ce pape qui a réaffirmé l’intangibilité du célibat des prêtres. Un autre, peut-être, ouvrira le débat. Pour l’église catholique d’Occident, le choix semble toutefois fait. De plus en plus marginalisées, les églises disparaissent, petit à petit, du paysage français. Elles connaissent le même sort que nombre de syndicats ou de partis politiques mais personne ne se bat aujourd’hui pour s’opposer à la fermeture d’un église. L’église affronte une crise profonde. La fin du célibat et l’ordination des femmes – rappelons qu’elles sont la majorité des fidèles – seraient deux mesures qui donneraient un autre visage à l’église catholique et rompraient la crise des vocations. »

- Pensez-vous que cela changerait quelque chose ?

« Oui, d’abord cela repeuplerait de nombreuses paroisses qui sont sans prêtres. L’image ringarde de l’église catholique serait également rompue. Ce changement ne semble toutefois pas à l’ordre du jour. J’ai eu l’opportunité de rencontrer des responsables de l’église et leurs réactions me font penser à celles du PCF. L’église tend à raffermir ses règles, à se replier sur elle-même. Nombre de prélats pensent qu’il vaut mieux conserver l’identité de l’église qui satisfait les 5% de Français qui fréquentent encore les églises, que de tenter de séduire les 95% autres qui ne s’y rendent pas ou plus. Finalement, la volonté de conserver le célibat des prêtres apparaît comme la position d’un (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Claude Campanini, le témoignage d’un déporté de Buchenwald
Issu d’une famille d’immigrés italiens qui se sont installé dans le Sud-Ouest de la France, Claude Campanini entre en résistance après avoir été recruté par son instituteur, Lucien Loubradou. Membre de la 12e compagnie de l’Armée secrète, à Moissac (Tarn-et-Garonne), il est finalement arrêté en 1943 et déporté dans le camp de concentration de Buchenwald. Il livre ici un témoigne unique et saisissant sur ses années au coeur du système concentrationnaire nazi.
Les Tondues de 1944
La Grande Conversion : le destin (...) De tous les livres récemment parus sur l’évolution des pays ex-communistes de l’Europe centrale et orientale, La Grande Conversion est sans doute l’un des plus clairs dans son argumentation et des (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia