Arkheia, revue d'histoire

Entretien avec Pierre Lefranc. À la recherche du gaullisme des gaullistes

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Guillaume Bourgeois est maître de conférences à l’unversité de Poitiers et conseiller scientifique de la revue Arkheia.

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De Pierre Lefranc, chef de cabinet de cabinet du président du Conseil Charles de Gaulle en 1958 puis, au cours des premières années de la Ve République, l’un des ses proches collaborateurs, on retient le plus souvent la parfaite civilité, l’humour et le flegme plutôt britanniques. Pour celui qui reste, à 80 ans, le président de l’Association nationale d’action pour la fidélité au général de Gaulle cette apparente distance n’exclut nullement l’engagement dans le présent et la défense, coûte que coûte, de ce qui apparaît comme l’héritage.

Guillaume Bourgeois : Le mot « gaullisme » semble une expression acceptée par tous mais dont personne ne connaît finalement très bien le sens. Quelle est votre définition personnelle du gaullisme ? Pierre Lefranc : « Je pense que le gaullisme représente avant tout le respect d’un certain nombre de principes-clefs : la défense de l’indépendance nationale et de l’identité nationale, la séparation réelle des pouvoirs, la prédominance de l’exécutif sur le législatif à travers la personne du président de la République élu au suffrage universel direct. Ces principes, de Gaulle les a suivis et appliqués lors de la fondation de la Ve République alors qu’au préalable, ils n’avaient été respectés ni par la IIIe, ni par la IVe République ; deux régimes au sein desquels une forme stérile de parlementarisme l’emportait sur l’exécutif. Dès qu’un président de la République manifestait une volonté d’indépendance et refusait la soumission, il était mis hors-jeu : c’est notamment ce qui était arrivé à Alexandre Millerand en 1924. Parallèlement, si je devais tenter de définir ce qui vient en premier dans la vision du gaullisme qu’ont les Français, je dirais que c’est la capacité de dire « non ». Il est le seul qui a dit « non » en 1940. La prise de conscience du refus affiché par de Gaulle a certes été longue parce que la débâcle avait été un coup d’assommoir auquel personne ne pouvait s’attendre ; la capitale avait été investie… les gens étaient anéantis par cet événement. Après la manifestation des étudiants sur les Champs-Elysées, le 11 novembre 1940, l’opinion française s’est petit à petit réveillée et elle a trouvé en de Gaulle la personne qui parlait en son nom. De ça, les Français lui seront éternellement reconnaissants. » GB : Qu’est-ce qui a conduit de Gaulle à cette sorte d’intuition en matière politique ? Il ne semblait pas véritablement prédestiné à cela ? « C’est, en effet, quelqu’un qui est à l’origine conservateur par la culture politique qu’il a acquise au sein d’une famille très catholique. Son père est un homme de droite, plutôt maurrassien et donc potentiellement antirépublicain, mais qui a fini par accepter la république… La première expérience qui le façonne de manière importante, c’est la Première Guerre mondiale : (...)


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