En 1792, quand la monarchie fit place à la république, il fallut remplacer l’effigie du roi par une figure nouvelle. L’allégorie féminine de la Liberté devait être ce symbole visuel « afin que nos emblèmes, circulant sur le globe présentassent à tous les peuples les images chéries de la Liberté et de la fierté républicaine » selon le mot de l’abbé Grégoire à la Convention. Une allégorie double, représentant à la foi la Liberté, vertu éternelle, et la République française : le roi, au nom des principes français de transmission de la couronne, était forcément un homme mais la république devait prendre la figure d’une femme, déesse de la liberté munie d’une pique et portant un bonnet phrygien... Elle serait entourée de nombreux attributs : le niveau, symbole maçonnique par ailleurs ; le lion, signe de force et de courage, traditionnellement monarchique ; le coq gaulois, plus tard repris par Louis-Philippe pour remplacer la fleur de lys ; la lumière et le soleil afin que le mythe solaire de la Révolution prenne « la relève du mythe solaire de la monarchie » comme l’a souligné Jean Starobinski… Puis vînt le ressac : le bonnet phrygien fut remplacé par un casque en l’an VIII, durant les guerres de conquête du Directoire et, sous l’Empire, l’insigne du Tribunat devînt une simple tête de femme avec un casque à la Minerve, sans autre attribut… En tant que femme statufiée représentant la république, le déesse réapparut pour la première fois, le 4 mars 1848, à l’occasion de l’enterrement des victimes des journées de février sous la forme d’une grosse statue mobile. Pour la IIe République, il était nécessaire d’offrir à nouveau cet objet à visualiser ; pour rendre le nouvel Etat populaire, ses dirigeants choisirent de reprendre l’allégorie, peu à peu assagie. Le premier timbre-poste représentant la République fut le fameux Cérès dont un commentaire d’époque remarquait qu’elle ne portait pas de bonnet rouge et concluait « elle ne sera pas une vivandière mais une mère féconde, sereine et glorieuse, qui aura des fêtes et des sourires pour ses enfants ». Mais cette femme au bonnet rouge, pourquoi l’avoir appelé Marianne ? Selon l’acception courante, parce que Marie-Anne, le double prénom chrétien, de la Vierge et de sa mère Anne, était justement populaire chez les catholiques. Peut-être la francisation de Mariamnè (ou Miriam), reine de Judée dont le nom fut associé au calendrier catholique au temps (...)
Le livre sur l’Exode : 1940, La France du repli : l’Europe de la défaite sous la direction de Max Lagarrigue