Arkheia, revue d'histoire

Entretien avec l’historien Maurice Agulhon

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Guillaume Bourgeois est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Poitiers.

(...) l’Action française, Pie XI sommait les catholiques de se comporter en catholiques et non pas en nationalistes français plus ou moins royalistes et autoritaires. Cette condamnation a été le point de départ d’une démocratie-chrétienne authentiquement républicaine et qui devait passer dans la Résistance, dans la logique même de son combat de gauche des années 30. Il n’est donc pas du tout étonnant que le MRP, c’est-à-dire les catholiques s’affirmant comme républicains sociaux, patriotes, résistants, etc., aient usé de la république et cela d’autant plus que Vichy venait de la combattre. Tout cela c’est un peu oublié parce que le grand ancrage à gauche du MRP a été un échec. En dehors de quelques hommes intelligents comme Léon Blum, la totalité des communistes, socialistes et radicaux ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour renvoyer le MRP vers la droite et casser l’intéressante conjoncture politique qu’il y avait à la Libération… mais ça nous écarte un peu du sujet principal... Pour en revenir au général de Gaulle, il y a le De Gaulle de 1940 et le De Gaulle de 1958. En 1940, De Gaulle s’est rendu compte très vite que Vichy était un gouvernement expressément antirépublicain et, puisque Vichy et la Collaboration supprimaient la république, c’était à la France libre et à la Résistance de la sauvegarder. C’est la raison pour laquelle je consacre tout une partie de mon livre à Vichy, en montrant que le culte de la république qui était un peu en train de s’endormir, Vichy l’a involontairement relancé par réaction. Une relance un peu éphémère, avec toute la fragilité de la IVe République et puis, en 1958, avec la Ve République, une certaine forme de dévalorisation de Marianne. La femme au bonnet phrygien disparaît du médaillier présidentiel, comme je l’ai déjà dit, et on découvre une nouvelle façon de la présenter comme une sorte de petite auxiliaire, de petite fille, de petite protégée du chef de l’Etat. Une tendance très générale à l’infantilisation de Marianne qui est caractéristique de notre temps. Autrefois, la république était représentée en grande femme solennelle, quasi-déesse, que l’on adorait ou bien que l’on exécrait. Aujourd’hui, c’est plutôt la gamine, celle avec laquelle on badine, on chahute, on fait un peu n’importe quoi… »

On passe de la puissante Marianne sculptée par Jules Dalou, guidant le puissant char de la République, que les Parisiens voient encore place de la Nation, à la Marianne de Jacques Faizant… « Oui, mais il y a des changements postérieurs à Faizant, des changements d’esthétique et des changements de goûts. Aujourd’hui, beaucoup de dessinateurs, pour être expressifs, acceptent de faire laides les choses qu’ils aiment. Les dessinateurs d’aujourd’hui ne se croient plus obligés, comme le faisaient encore Jacques Faizant ou Jean Effel, ou même encore Plantu, de dessiner des (...)



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