Arkheia, revue d'histoire

Epuration, attentats, affabulation : le Tarn-et-Garonne à la Libération

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Chercheur associé au Groupe d’Études et d’Observatoire de la Démocratie (GEODE, Paris-X Nanterre) et au CHEVS (Sciences Po.), termine un doctorat d’histoire intitulé : « Le PCF de la France rurale des années trente aux années soixante (1930-1961) : l’exemple du Sud-Ouest » sous la direction de Marc Lazar. Auteur de Renaud Jean. Carnets d’un député paysan communiste, Atlantica, 2001 et sous sa direction de 1940, la France du repli : l’Europe de la défaite, Privat, 2001.

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Dans la dernière semaine d’août 1944, la fuite de l’occupant donne un véritable sentiment de libération aux tarn-et-garonnais. Emotion partagée par la majorité des habitants du Sud-Ouest. Nonobstant, des manifestations d’angoisse continuent à rythmer le quotidien des Français. Ces troubles des lendemains de la Libération étrangement n’ont été que rarement signalés, étudiés dans la quantité d’ouvrages publiés sur la Seconde Guerre mondiale. A ce jour, ni les néophytes locaux et moins encore les historiens n’ont présenté la situation de l’automne 1944 comme elle semble apparaître à la lumière des archives auxquelles nous avons pu avoir accès. L’étrangeté se situe également dans le fait que la mémoire collective a souvent préservé ce moment unique de l’histoire autour de moments chocs : les femmes tondues, les attentats, les procès de l’épuration qui sont des exemples parmi d’autres. Encore tabou, ces événements demeurent sous le signe de l’omerta. Signalons qu’à notre connaissance un seul ouvrage qui d’ailleurs vient de paraître, a étudié cette « France virile ». Les sources, désormais disponibles aux archives départementales et en priorité celles des renseignements généraux et tribunaux mili-taires démontrent que c’est durant ce laps de temps des étés 1944 à 1945, que l’imaginaire, les prismes de l’opinion s’exacerbent. Plusieurs éléments semblent structurer les mentalités collectives.

Le premier facteur contextuel qu’il ne faut pas négliger, est la libération du territoire national qui n’est pas totale. Des enclaves allemandes sur le littoral atlantique résistent, suscitant de nombreuses affabulations collectives. L’économie du pays est dévastée, les transports ferroviaires ont subit les sabotages nécessaires des organisations de la Résistance. L’absence d’informations, dû en partie à la destruction des réseaux de communication, est également un phénomène important dans ce contexte. Cette carence de renseignements peut-être d’ailleurs considérée comme l’un des principaux conducteur de la rumeur, et par voie de conséquence à l’installation d’un climat de suspicion, d’affabulation, voire dans sa forme extrême, d’hystérie collective.

A cela s’ajoute une autre disette, celle de la nourriture. En effet, si la population connaît les restrictions alimentaires depuis quatre années, elle espère en ces jours d’après guerre, revenir à une situation, si ce n’est d’aisance au moins plus normative. La continuité des difficultés d’approvisionnement des citadins où le marché noir s’amplifie, accentue les mécontentements d’une population qui a longtemps extrapolé sur l’avenir. La commune de Moissac est par exemple l’objet d’une manifestation tenue par un cortège de 200 femmes mécontentes de voir la pénurie se poursuivre. A cela, les dernières années du régime de Vichy (...)


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