Arkheia, revue d'histoire

Espagnols et « Palestiniens » du 652e groupe de travailleurs étrangers à Mauzac

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est attaché de recherche à la Fondation Maison des sciences de l’homme (Paris), coordinateur de rédaction de la revue d’histoire Arkheia.

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En exclusivité avant sa parution dans le numéro d’Arkheia à paraître, l’historien Jacky Tronel nous dévoile l’histoire jusqu’ici méconnue des chercheurs d’un groupe de de travailleurs étrangers internés dans le camp de Mauzac (Dordogne). Ce 652e GTE est composé essentiellement d’Espagnols et de "Palestiniens".

Mauzac-et-Saint-Meyme-de-Rozens – devenu Mauzac-et-Grand-Castang en 1973 – est une commune située à une trentaine de kilomètres à l’est de Bergerac, dans la vallée de la Dordogne. En 1937, un projet de création d’une poudrerie avec atelier de chargement d’obus en gaz de combat à base de chlore et de phosgène voit le jour . Il s’inscrit dans un vaste programme de construction d’usines d’armement. Le 6 mai 1939, s’adressant au ministre de l’Intérieur, le préfet de la Dordogne Marcel Jacquier qualifie Bergerac et Mauzac (poudrerie et annexes) de « gros centres de production d’industries de guerre ». Pour loger les ouvriers, deux cantonnements sont construits. Chacun se compose d’une douzaine de baraquements. L’un, situé à Sauvebœuf, commune de Lalinde, est baptisé « camp Nord ». L’autre, installé entre la Dordogne et le canal latéral de Lalinde, sur la commune de Mauzac, porte le nom de « Camp Sud ». Entre les deux, quelques baraques forment le « Camp Maury », affecté au 652e groupe de travailleurs étrangers .

Formation des Compagnies de Travailleurs Étrangers

Barcelone tombe aux mains des franquistes le 26 janvier 1939. Vaincus, les républicains espagnols se replient vers la France. C’est la « retirada », la retraite, l’exode massif de 470 000 réfugiés qui traversent les Pyrénées et viennent chercher refuge en France. Des « centres spéciaux de rassemblements d’étrangers », des « centres d’hébergements », des camps dits « de recueil », « d’internement » ou « de concentration » sont créés, en toute hâte. À la désorganisation des premiers jours succède une tentative de rationalisation du système d’internement qui passe par une spécialisation des camps.

Le décret Daladier du 12 avril 1939 prescrit, en son article 2, que « les étrangers sans nationalité et les autres étrangers bénéficiaires du droit d’asile sont soumis à toutes les obligations imposées aux Français par la loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation de la nation en temps de guerre. Ils peuvent faire l’objet de réquisitions individuelles ou collectives, générales ou locales, fondées sur la nationalité, sur l’âge ou sur la profession ». L’article 3 indique que les étrangers de sexe masculin, âgés de 20 ans à 48 ans, sont tenus de « fournir dès le temps de paix aux autorités militaires françaises, pour une durée égale à la durée du service imposé aux Français, des prestations dont le caractère et le mode d’exécution sont déterminés par décret ». C’est le décret du 13 janvier 1940 « relatif à (...)


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