Arkheia, revue d'histoire

Gérard Belloin, Mémoires d’un fils de paysans tourangeaux entré en communisme

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Max Lagarrigue, historien, directeur de la revue Arkheia.

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Durant des décennies, l’historiographie communiste a été nourrie d’une quantité invraisemblable de récits autobiographiques, de mémoires. Ces récits de vies furent le plus souvent « le fruit d’une décision politique ». Le premier d’entre-eux qui impose ce style littéraire demeure Maurice Thorez avec son fameux « Fils du Peuple ».

Force est de constater, qu’ils émanent d’ « ex » ou de membres du PCF. Ils permirent à nombre d’historiens du communisme, d’appréhender la dimension du phénomène militant et plus prosaïquement, le Parti communiste français. Les autobiographies, les Mémoires peuvent être incluses à ce titre parmi les sources de l’historien. Les « mémoires » de Gérard Belloin ne peuvent réellement être cataloguer dans ce qui a été précédemment publié : ni hagiographie, ni rancune n’illustrent son propos. En véritable psycho-anthropologue de son adhésion au communisme, Belloin tente, plus que de conter son parcours militant, de nous faire ressentir ce que pensait et motivait un jeune militant communiste devenu cadre. De facto, l’intérêt de l’ouvrage semble réussi : nous faire appréhender les événements tels qu’ils étaient. Avec une sévère probité, sans faux-fuyant sur les questions qui fâchent, l’auteur livre son parcours en essayant de coller au plus près avec ce qu’il était ou pensait à l’époque.

Né le 3 avril 1929 à Vernou-sur-Brenne (Indre-et-Loire) d’un père ouvrier agricole, le jeune Belloin voit le jour dans un univers rural aux âpres conditions de vie. Ses parents qui ont préféré quitter la demeure paternelle – des petits propriétaires tourangeaux – vivent quelque temps dans une « maison (qui) se composait de deux pièces creusées dans le rocher » (p. 9), une forme de « troglodyte » au confort archaïque. La demeure des grands-parents paternels, où enfant il passe ses vacances, n’offre guère plus de modernité : « exiguë, sale, envahie de mouches l’été » (p. 11). Ces conditions de vie, qui étaient celles de la moyenne des paysans de l’époque, sont le point de départ d’un rejet pour le jeune Belloin. Rejet de la terre, de perdurer la chaîne presque immuable du travail des champs. Plus que les conditions difficiles de cette vie rustique, c’est la résistance à la modernité qui engendre son refus : « mes grands-parents persistaient à s’éclairer à l’ancienne. Ils rejetaient tout ce qui avait un caractère collectif et ne voulaient dépendre de personne. En réalité, ils avaient peur de l’électricité » (p. 11). Cet individualisme forcené, extrême, naît du labeur opiniâtre d’un « domestique de ferme » – son grand-père – qui a accédé à la propriété « sou après sou », constitue donc pour Gérard Belloin, l’incontestable point de non-retour. Le conservatisme paysan de la famille Belloin n’en est pas pour autant dépourvu des symboles de la IIIe (...)


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