
Septembre 1933 : un violent orage a éclaté durant la nuit. Nous empruntons la rue du Commerce et arrivons devant une porte grise ornée d’une plaque de cuivre qui porte l’inscription : « Docteur Henri Queuille spécialiste des maladies des yeux, des oreilles, de la gorge et du nez ». Le ministre est-il chez lui ? On nous assure qu’il est arrivé de Paris, cette nuit, en voiture, vers 4 heures. Sans doute, se repose-t-il ? – « Oh ! non, Monsieur est déjà en conférence avec son adjoint ». On nous conduit alors sur une assez large terrasse d’où l’on découvre une vue panoramique sur les monts d’Auvergne et du Cantal. Henri Queuille nous rejoint : nous contemplons ; le paysage l’émeut si fort qu’il nous confie que c’est ici qu’il viendra « finir ses vieux jours » – « Ne sentez - vous pas combien, dans ce pays, la vie est équilibrée. Une heure devant ce beau paysage et le travail qui suit semble plus aisé. Car il ne peut s’agir pour moi de véritable repos. N’oubliez pas, en effet, que si à Paris je suis ministre, ici, je suis maire depuis 1912 ». Henri Queuille est le ministre de l’Agriculture du premier gouvernement Daladier. Chemin faisant avec son interlocuteur dans les rues de sa cité corrézienne de Neuvic, il entame une conversation avec un paysan : « Vous avez eu de la pluie, cette fois, vous êtes content ? » – « Pas si content, ma foi, les récoltes ne seront pas fameuses ». Le ministre de l’Agriculture tient à nous faire des confidences : « Vous n’imaginez pas combien l’argent est en ce moment difficile à trouver. Nous sommes forcés de remettre à plus tard des améliorations urgentes ». (...)
Manuel Azaña et la France sous la direc. de Jean-Pierre Amalric. Autour des meilleurs spécialistes et témoins, tout sur le rapport de l’ancien chef d’Etat avec la patrie de Molière