Arkheia, revue d'histoire

Histoire d’une vie de Aharon Appelfeld

Par par Hervé Couton
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Article publié dans
Critiques de livres

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C’est une suite de « fragments de mémoire et de contemplation » que nous livre Aharon Appelfeld dans l’histoire de sa vie. Né en 1932 à Czernowitz (actuelle Tchernovtsy ukrainienne) en Bucovine alors rattachée à la Roumanie, Aharon Appelfeld commence son livre par les souvenirs d’une enfance heureuse dans une famille juive bourgeoise, cultivée, laïque et assimilée. L’enfance est ponctuée par des vacances chez ses grands parents, à la campagne non loin des Carpates. Là, il passe des moments de bonheur intense ; une période où la mémoire se fabrique à partir des sens et de la contemplation. C’est par exemple la surprise d’entendre ses grands parents parler Yiddish, une langue qu’il ne connaît pas, lui dont la langue maternelle est l’Allemand, où encore la joie de faire mille rencontres pendant les promenades qui mènent à la synagogue du grand père où l’office l’impressionne. Cette enfance ne va durer que sept ans, ce bonheur idyllique va brutalement basculer dans le cauchemar et le chaos de la barbarie nazie. C’est alors que l’éveil à la vie va se transformer en lutte pour la survie. La famille est enfermée dans le ghetto où sa mère est assassinée ; il n’assiste pas à sa mort mais il entend « son seul et unique cri » ; emprisonné dans un camp de concentration avec son père, qui y meurt, le jeune Aharon, âgé de dix ans parvient à s’échapper. Commence alors pour lui une errance solitaire. Et c’est parce que le jeune Aharon ne considère pas la mort comme une fin, que l’espoir de retrouver sa famille va lui permettre de survivre ; « ce fol espoir m’accompagna durant toutes les années de guerre, il s’élevait en moi chaque fois que le désespoir posait ses lourds sabots sur moi ». Il va errer dans les forêts d’Ukraine car « dans la forêt personne ne meurt de faim » ; l’hiver, il se place chez un vieil aveugle, ou chez Maria la prostituée qui l’exploitent et le maltraitent, lui accordant le strict nécessaire. Pendant ces années « il élève la méfiance au rang d’un art », qui lui fait préférer « la forêt aux champs ouverts, l’écurie à la maison, le porteur de tare aux hommes sains, les hommes chassés de leur village aux soi-disant honnêtes propriétaires ».

Puis vient la longue marche d’Ukraine en Italie qu’il partage avec d’autres enfants et où « des gens mauvais, violents et corrompus » vont les agresser tout au long de la route qui les mènera jusqu’en Palestine. Là il est pris en charge par l’organisation sioniste Alyat Hanoar, dont la mission est d’encadrer l’immigration d’enfants et d’adolescents en Palestine et de les former à la vie pionnière des Kibboutz. C’est alors que va commencer la lente reconstruction de l’être meurtri et déstructuré qu’il est devenu.

Cette reconstruction va commencer par le réapprentissage de la parole puis le choix de la langue. Ces années de (...)


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