Arkheia, revue d'histoire

Histoire d’une vie de Aharon Appelfeld

Par par Hervé Couton
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Article publié dans
Critiques de livres
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(...) guerre, où « on ne débat pas », ont été « une serre pour l’attention et le mutisme ». L’enfant a été condamné au silence au sortir du cours préparatoire parce que, plongé dans le désespoir et la souffrance, là où « la faim, la soif, la peur de la mort rendent les mots superflus ». Ce n’est qu’après la guerre que les mots refont surface et encore avec un fort bégaiement comme pour beaucoup d’autres enfants ayant survécu comme lui à la Shoah. Dans ce nouveau pays qu’est Israël, les mots reviennent difficilement, lentement dans une « mosaïque de mots » allemands, yiddish, ou ruthène. Il est alors contraint d’oublier le Yiddish, la langue de ses grands parents, où encore sa langue maternelle, l’allemand, « la langue des assassins de sa mère », pour apprendre l’hébreu qui résonne chez lui comme une langue de soldat « travailler, manger, ranger, dormir ». Cette langue va s’imposer à lui au prix de « l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme ». Viennent ensuite les années d’instruction générale puis l’université et au contact du philosophe Gershom Scholem ou encore de l’écrivain Samuel Agnon, ses aînés, il va élaborer progressivement son œuvre d’écrivain.

Dans ce livre rempli d’humanité et d’une force peu commune, Aharon Appelfeld ne tire jamais sur la corde sensible. Son histoire, qu’il nous livre par bribes, en évitant toute dramatisation, n’est ni pire ni moins pire que celle d’une génération de juifs dont la jeunesse a été fauchée par la Shoah. S’il en est ressorti meurtri, il a su se reconstruire grâce à l’écriture. Ces années ne l’ont pas transformé en moraliste, au contraire « j’ai appris à respecter la faiblesse et à l’aimer, la faiblesse est notre essence et notre humanité ». C’est donc en sage qu’il juge désormais l’homme « un homme qui connaît sa faiblesse sait parfois la surmonter. Le moraliste ignore ses faiblesses et, au lieu de s’en prendre à lui-même, il s’en prend à son prochain ». Ainsi, en refusant de refouler ses émotions mais en tenant à distance une souffrance qui aurait pu le détruire, Appelfeld nous touche au plus profond tout en déployant dans ce livre une véritable pensée.

Histoire d’une vie, editions de L’Olivier, 2004, 240 p. 

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