Arkheia, revue d'histoire

Hitler à Paris de Cédric Gruat

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Critiques de livres

(...) personnellement à Paris pour en faire la visite. Photographié devant la Tour Eiffel, filmé, y compris même en couleur, le Führer s’est-il simplement comporté en touriste amoureux des arts, ou a-t-il, au contraire, paramétré ce bref séjour à des fins propagandistes, voire diplomatiques ? Étonnamment, cet épisode anecdotique du début de l’Occupation, mille fois évoqué, reste méconnu, jusque dans sa datation : le 23 juin ? le 28 ?

L’historien français Cédric Gruat s’est intéressé à cet événement lourd de symboles, pour en déterminer la signification. Il souligne avec pertinence de nombreux éléments significatifs de cette visite : Hitler la conduit et la représente avec rapidité (au point que l’on parlera de Blitz Besuch, la « visite éclair »), en compagnie de l’architecte Speer et du sculpteur Brecker, ainsi que d’officiers de la Wehrmacht (ce qui n’était pas initialement prévu), ce pour faire le tour des principaux monuments de Paris, les plus emblématiques (l’Opéra, la Madeleine, la place de l’Etoile, les Invalides, le Trocadéro). Ce passage n’a rien d’improvisé : tout a été planifié jusque dans les moindres détails, la sécurité étant bien présente, quoique soustraite au regard des caméras – à l’exception notable des policiers français, réunis par la Préfecture à la dernière minute. Même la date semble avoir été calculée : il semble en effet que l’épisode intervienne le 28 juin 1940, c’est à dire 21 ans jour pour jour après la signature… du Traité de Versailles.

Il apparaît que l’objectif du dictateur nazi, d’après Cédric Gruat (et on le suivra volontiers), a été plural. Tout d’abord, marquer sa victoire par l’image, en se réappropriant les emblèmes parisiens les plus connus. Ensuite, accentuer sa propre « générosité » : Hitler ne détruit pas Paris, il la visite ; Hitler ne méprise pas Paris, il l’admire – et de pousser le vice jusqu’à se recueillir sur le tombeau de Napoléon (à l’instar de ce dernier se recueillant sur celui de Frédéric II en 1806). Bref, la tournée parisienne de Hitler met en avant son statut de triomphateur respectueux de l’adversaire. Hypocrisie, bien sûr (car Hitler cherche en réalité à éclipser la capitale parisienne en agrandissant sa propre capitale, Berlin), mais servant un discours diplomatique censé rassurer l’Occident sur ses propres intentions.

Indéniablement, cette visite démontre que Hitler avait le sens de la mise en scène. Ces images-choc du tyran occupant la « Ville Lumière » feront le tour du monde, récupérées même par la propagande adverse pour insister sur le danger nazi. Le film allemand de la visite ne sera toutefois pas diffusé en France avant longtemps – on lui préférera les séquences de la Libération, celles du peuple de Paris suivant de Gaulle faisant contrepoids au Paris désert de juin 1940…

L’étude brillante de Cédric Gruat (...)



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