Arkheia, revue d'histoire

Ils ont su dire NON. Paroles de Résistants de Pierre Laborie et François Icher

Par par Gilbert Beaubatie
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Critiques de livres

Page suivante

François Icher et Pierre Laborie, Ils ont su dire NON. Paroles de Résistants, Paris, éditions de La Martinière, 2008, 256 pages.

Pendant longtemps a triomphé une vision politique et militaire de la Résistance, identifiée à des chefs et à des héros, aux combats des maquisards, aux opérations aériennes ou navales, à l’insurrection après le 6 juin 1944, enfin à la "brutalisation" dont ont été victimes de très nombreux otages et combattants de l’ombre.

Il ne s’agit pas de minorer l’importance de cette approche, mais au contraire de montrer que celle-ci ne peut rendre compte à elle seule d’une réalité à vrai dire composite, encombrée de poncifs, investie par une mémoire sélective, portée à l’instrumentalisation et à la caricature. A côté de cet aspect majeur, adossé à des témoignages et à des récits édifiants, mais insuffisamment conceptualisés, on doit explorer un autre champ, jusqu’ici largement délaissé par une historiographie répétitive, nonobstant de nombreux travaux pionniers, dus entre autres et principalement à Pierre Laborie, François Marcot, Laurent Douzou ou Philippe Buton... "L’idée de mythe colle à la peau de la Résistance" et depuis 1945 son histoire a fait naître des visions contradictoires et schématisantes, accrochées aux "conformismes fluctuants de l’air du temps". Ainsi, à une légende rose d’une France héroïque a succédé une autre, de couleur noire, celle d’une population basculant dans une sordide collaboration. Une telle présentation ne peut qu’être falsificatrice et mutilante, car histoire et mémoire ne peuvent être confondues. Et nul mieux que Pierre Laborie ne l’a rappelé, notamment dans un article paru en 1994 dans la revue Esprit : "Le rôle de l’historien n’est pas seulement de distinguer la mémoire de l’histoire, de séparer le vrai du faux, mais de faire de cette mémoire un objet d’histoire, de s’interroger sur l’usage éventuel du faux comme vrai et sur le sens que les acteurs veulent ainsi donner à leur passé". Et l’historien se doit aussi, ajoute-il, "de poser à ce passé toutes les questions du présent".

Le livre que nous proposent Pierre Laborie et François Icher recèle bien des mérites. Au moins trois :
- le premier se trouve dans la Préface de Pierre Laborie : brève mais dense, elle rappelle certaines données essentielles, qui devraient être connues et ressassées, non seulement par les professeurs d’histoire, mais aussi par ceux qui s’érigent en "transmetteurs" de mémoire
- le second réside dans un choix de citations, courtes le plus souvent, mais toujours disant l’essentiel, et caractérisant "l’évolution, la diversité, la plasticité et la complexité d’une expérience singulière", commencée avec "l’incroyable défaite de juin 1940" (Marc Bloch) et se terminant avec le "gai matin de la Libération", accouchant d’une seconde naissance, qui verrait "le gazon (pousser) sur la sépulture de (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Pierre Lefranc avait ses attaches en Corrèze
Pierre Lefranc est mort. L’un des barons du gaullisme s’est éteint le 7 janvier 2012. L’occasion pour Arkheia d’exhumer de ses archives l’entretien qu’il nous avait accordé dans notre numéro 7-8-9 dédié au gaullisme et à l’antigaullisme dans le Sud-Ouest. (n°7-8-9). Notre correspondant en Corrèze Gilbert Beaubatie nous rappelle également que l’ancien résistant gaulliste avait ses attaches dans le Sud-Ouest, plus particiulièrement à Brive.
La politique européenne dans le (...) Nous vivons aujourd’hui à l’heure de la mondialisation économique et des interdépendances entre les Etats. Plus que jamais, la planète est intimement inter-reliée entre ses diverses composantes, toutes (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia